Voyage au bout de la cuite : un palimpseste signé Artist Ali.
Puisque nous sommes parvenus
à l’heure où réalité et réalité virtuelle tendent sinon à se confondre, tout du
moins à se masquer l’une l’autre, tentons si vous le voulez bien de nous approcher
de la réalité de ce que la plupart de ses spectateurs considèrent c’est-à-dire
limitent à un personnage c’est-à-dire
à une forme d’abstraction ou d’ersatz d’être
humain, puisque c’est bien ainsi que la plupart de nos contemporains perçoivent
celles et ceux qui s’affichent derrière les écrans de leurs cellulaires face
caméra.
Ali Abdallah (c’est son
patronyme, celui qui est inscrit sur son passeport : première identité) a clairement
affiché la couleur en mettant en avant (identité revendiquée) Artist Ali. Le « personnage »
à l’écran serait donc le premier et l’œuvre sous toutes ses formes proviendrait
du second.
Ainsi Ali qui en tant qu’individu libre, également en tant qu’artiste en
exercice, a prise sur qui il est, positionne son identité. Identité qu’évidemment
celles et ceux qui le regardent sur YouTube depuis des années peuvent à loisir
interpréter, méconnaitre, ne point comprendre ou transformer à volonté.
Ali l’a dit : il est
libanais, basé au sud Liban réellement et/ou de cœur, également basé au Qatar
où sont toujours exposées dans des hôtels de luxe ses immenses toiles,
lesquelles, étant ses créations, celles dont il se montre à raison le plus
fier, l’emmènent avec lui et le fixent aussi et surtout là où elles sont par d’autres
que celles et ceux qui le suivent sur YouTube admirées.
Ali est apparu sur la toile c’est-à-dire
dans cet espace virtuel que sont les réseaux sociaux au moment où en France sont
nées les révoltes des Gilets Jaunes. On peut se demander : mais qu’est-ce
qui relie un obscur peintre libanais de papier avec une révolte sociale d’envergure
en France ?
On peut se poser cette
question, mais je suis ô combien persuadé
que cette question de fond le concernant, bien peu se la sont posées et se la
posent, se contentant des reflets.
Ali a les deux pieds posés
sur un pays en guerre dont le sud est sous les bombes de son voisin israélien
depuis de nombreuses années. Le quotidien d’Ali ce sont donc ces flashballs, ces
immeubles détruits, ces fenêtres qui explosent et ces voisins qui périssent. Il
ne faut pas être particulièrement malin pour aussitôt tisser le fil avec les insurrections
de la fin 2018 et du premier semestre 2019 en France. Ami de la France comme
énormément de ses compatriotes et parlant admirablement notre langue, Ali a vécu cette révolte chez nous comme un
lointain écho de ce qui se passe à demeure chez lui.
Il est donc apparu sur la
toile, lui dont l’art premier est justement d’en peindre, sauf que la toile d’araignée
2.0 a ses lois qu’Ali va petit à petit apprendre, lui qui y débuta tout petit
en 2019. Observez sa maitrise du tribunal du net, également son utilisation de l’intelligence
artificielle, que ce soit sur le plan visuel que pour l’assister dans la
création discographique. Voyez les visuels de ses clips, écoutez les paroles et
surtout l’émotion de Voyage au pays de
la cuite !
Ali, qui n’a jamais rien
demandé, jamais rien eu à vendre, et qui n’a eu avec le recul compte-tenu des
zones de guerre où il s’est introduit que des coups à prendre, a tendu le micro à nous autres français, c’est-à-dire
à ces citoyens en colère dont le quotidien tels un immeuble à Beyrouth se
fissurait, ensuite à ces individus aspirés sous des personnages et des avatars
dans des combats numériques.
C’est cela qu’Artist Ali
depuis 2019 met en scène.
C’est cela et c’est en même
temps autre chose c’est-à-dire ce que la plupart de ses auditeurs mettent dans
la rubrique « annexes » alors qu’y réside justement l’essentiel : ses tableaux hier, dont Ali reprendra
régulièrement la publication dans des présentations en vidéos courtes, vidéos
qui donnent à voir un artiste dans son processus de création, ses magnifiques chansons et ses clips
aujourd’hui où il fend l’armure et se livre par décharges électriques à
échéances régulières.
Etonnamment (quoi de moins
étonnant ?) la plupart de ceux qui regardent et participent se focalisent
sur le doigt, c’est-à-dire sur la
mousse de ces LIVE qui sont des temps de parole offerts à quiconque veut monter
et qu’au fil de l’eau Artist Ali efface, et non sur la Lune.
Pour l’écrivain fantôme que
je suis, fantôme en ce sens, tel celui porté par Le fantôme de Marcel Chombier, que je sais combien ceux qui me
lisent se lisent d’abord et avant tout eux-mêmes, de même que ceux qui hier me
regardaient sur leurs écrans se regardaient d’abord et avant tout eux-mêmes en
un irréfléchi mouvement de projection, cette réalité, artistique et non point
virtuelle, la réalité d’Artist Ali c’est-à-dire ses créations multiples font
sens. Là où la multitude retient clash dans Artist Ali Clash Zone j’y comprends
pardon. Là où d’aucuns voient un
homme enquillant à l’antenne les vodkas j’y perçois le poète qui tel hier l’auteur de L’homme à la tête de chou, également celui de Contes de la folie ordinaire, et encore plus celui de Voyage au bout de la nuit, traverse ainsi ses nuits.
L’Art d’Artist Ali, protéiforme
et allant recouvrir plusieurs toiles, celle sur laquelle se pose la peinture,
celle dans laquelle se glissent les avatars, celle également dont on se revêt
en société avant, pendant et après que les bombes explosent, est je l’ai déjà
formulé par écrit un art conceptuel en ce sens qu’il offre avec une cohérence d’ensemble qui ne se laisse
voir qu’avec le recul des années qu’à celles et ceux qui comme lui ayant connu
une ou plusieurs guerres ont décidé de s’en extraire.
Elle est là, la proposition
artistique, elle est là, la main tendue. Elle est là et uniquement là, dans les
brumes de ces petits matins où l’on s’éveille l’âme embrumée par les effluves
de ce qu’on aura ingurgité pour pouvoir simplement se réveiller et continuer à vivre comme le font les hommes libres.
Artist Ali - Voyage au
bout de la cuite :

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