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Camille Claudel ou le marbre doté de vie.

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  Un jour du mois d’octobre 1886, dans un atelier au 182 de la rue de l’Université à Paris, une jeune femme âgée de vingt-deux ans au regard farouche se tient droite devant un homme de vingt-quatre ans son ainé chez qui depuis trois ans elle travaille et étudie et dont elle est devenue la maitresse. Elle a posé devant lui un document rédigé de sa main, spécifiant que le signataire s’engageait à n’avoir qu’elle pour élève, qu’il ne fréquenterait plus Rose Beuret, qu’il n’exposerait aucune œuvre de Mademoiselle Camille sans son consentement, enfin et surtout qu’il s’engageait à la prendre pour femme au plus tard au mois de mai de l’année suivante. L’homme apposera sa signature sur le document sans en biffer le moindre mot, lui accordant son engagement pour chacune des clauses. Il n’en respectera aucune. Quelle est donc cette jeune femme qui en son temps parvint à arracher au sculpteur le plus connu de son époque pareil serment, à lui qui dans le monde des arts était tout ? Lui a...

Alexandre Douguine, le Raspoutine de Poutine ?

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  Il est celui dont on ne parle quasiment jamais, celui dont les principaux ouvrages sont étudiés dans les écoles préparant à l’entrée dans l’armée russe, celui que d’aucuns, bien informés, qualifient de Raspoutine de Poutine .   Ami personnel d’Henry Kissinger, ennemi déclaré dans les années quatre-vingt-dix du régime de Boris Eltsine qu’il qualifiait de pro-occidental, fondateur du Parti National Bolchevique en 1993 puis du parti Eurasia en 2001, nostalgique comme l’actuel chef du Kremlin de la grandeur de l’URSS, Alexandre Douguine a théorisé la matrice idéologique de ce qu’on appelle en bon français du racialisme. A savoir la supériorité de la race slave sur toutes les autres, selon le modèle d’un certain Adolph Hitler notamment, dont l’idéologie de cet ultra-orthodoxe anciennement conseiller du Président de la Douma épouse scrupuleusement les thèses tout en avouant sans détour sa fascination pour le régime du IIIème Reich.   Qui dit peuple supérieur dit néce...

Jean Renoir : tel père tel fils ?

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  Avril 1939, nous sommes à quelques mois de l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne . Dans une salle parisienne se tient l’avant-première du nouveau film du réalisateur de La grande illusion et de La bête humaine , deux énormes succès tous deux interprétés par Jean Gabin.   Jean Renoir, qui a mis énormément d’argent dans sa nouvelle production et en attend beaucoup, est fébrile. Dans la salle montent rapidement des protestations et des cris. Cette comédie grinçante donnant de l’aristocratie et de la bourgeoisie française ainsi que des domestiques qui les servent une image des plus noires prend le public à rebrousse-poil, et celui-ci, suffisamment inquiété par les nouvelles affolantes qui depuis l’annexion de l’Autriche par Hitler tombent sur l’Europe,   n’est vraiment pas disposé pour cela.   Dans la salle, un homme enflamme un journal et le jète en direction de l’écran. Les fauteuils un à un claquent. La règle du jeu va rapidement disparaî...

Marcel Carné : itinéraire d'un enfant du paradis au purgatoire puis aux enfers.

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  Comment devient-on, et que devient-on après avoir signé le plus grand film français de toute l’histoire du cinéma ? Et comment expliquer ce paradoxe que l’auteur aujourd’hui unanimement célébré des Enfants du paradis connut tant dans sa biographie que dans sa carrière de passages au purgatoire et aux enfers, ayant été à compter d’un article datant de 1954 paru dans les Cahiers du cinéma sous la plume d’un certain François Truffaut relégué dans les greniers du « cinéma de papa » ? A en croire le jeune hussard de la nouvelle vague et ses collègues, Marcel Carné, c’était la qualité française académique, un cinéma de dialoguistes et de reconstitutions de décors en studio, bref du toc, du vieux et donc de quoi il convenait de se débarrasser. Ce qui hélas fut fait, enterrant ainsi de son vivant le metteur en scène d’ Hôtel du Nord , de Quai des brumes , du Jour se lève et des Visiteurs de la nuit , lui fermant progressivement l’accès à d’importants budgets et réus...

Colette la scandaleuse.

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  La scène se déroule le 3 janvier 1907 à Paris, dans la grande salle du Moulin Rouge où trois mille spectateurs se pressent en tenue de soirée. Le programme du soir indique « Rêverie orientale » sans autre précision. Sur la scène, une femme vêtue d’un voile transparent s’approche d’un sarcophage. Elle déroule lentement les bandelettes d’une momie avec des gestes on ne peut plus sensuels. Sous les bandelettes apparaissent un visage puis un corps. Les deux femmes se font face puis s’embrassent langoureusement. Le public, dans la salle, se coupe en deux camps. Les premiers hurlent tandis que les seconds exultent. Le Préfet de Police se lève alors de sa loge et ordonne que le spectacle soit immédiatement interdit. Sur la scène, la femme au voile ne recule pas. Elle a trente-trois ans, les cheveux coupés à la garçonne. Sur ses lèvres elle a encore le goût d’un rouge à lèvres qui n’est pas le sien. L’an passé elle a quitté le domicile conjugal et ce mari qui l’avait assignée à...

Pascal Treffainguy : le Colonel Moutarde est en fin de batterie.

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Assigné à résidence sous bracelet électronique après avoir été libéré de quelques mois de préventive fin 2025 suite à la production de deux certificats médicaux, certificats que dans un premier temps les juges, arguant que les conditions pénitentiaires brésiliennes prévues lui assuraient la capacité à être quotidiennement soignés, avaient retoqués. Sauf qu’une petite intervention en coulisses auprès de certains frères maçons permirent une nouvelle fois à Pascal Michel Guillemot Treffainguy de sortir de détention et d’attendre son procès à demeure. Une sorte de remake de ce qu’il connut courant 2023 : arrêté en mai 2023, déferré devant le Tribunal Correctionnel en juin à Brazilia puis placé en détention, Treffainguy sera finalement libéré pour raisons de santé cinq mois plus tard et reprendra ses petites affaires sur YouTube et TikTok en février 2024. Le motif qui fut à l’origine de sa première incarcération en 2023, à savoir son arnaque à l’écovillage ayant donné lieu à une cascad...

George Sand : la pionnière.

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  Parmi tous les plus grands auteurs de la littérature française du XIXème siècle étant rentrés dans l’Histoire (Alexandre Dumas père et fils, Balzac, Stendhal, Flaubert, Zola, Hugo …), une et une seule femme parviendra à vivre de sa plume, celle que le grand public, à compter de son premier roman Indiana publié en 1832 connait sous le nom de George Sand. Un nom d’emprunt masculin jouant volontairement sur l’androgynie, et reprenant le nom propre de « Sand » qu’elle avait partagé lors d’un précédent roman écrit à quatre mains l’année précédente avec un certain Jules Sandeau. Arrière-petite fille par son père du Maréchal de France Maurice de Saxe et par ailleurs fille d’une danseuse issue du petit peuple, Aurore Dupin (son véritable patronyme) se trouva dès la naissance écartelée entre des origines aristocrates et populaires. Enfant, elle perdra à l’âge de quatre ans son père avant de se retrouver écartelée entre une mère qu’elle adorait et sa grand-mère de la lignée ...