Le cancer des applis de rencontres GAY (extrait de AUX FELES LA LUMIERE de Christophe Cros Houplon - 2018)
Le
développement des applications de rencontres et de tous ses produits dérivés
dans la communauté gay a transformé un nombre phénoménal de garçons à la base
désireux de trouver le bel amour en un ramassis de dépressifs frustrés n’aimant
pas le reflet que leur renvoie le miroir, celui d’un quinquagénaire qui a
laissé passer sa chance et s’est par immaturité adonné avec excès aux vices de
la société de consommation.
Gayromeo,
Scruf et Grindr ont rendu quasi impossible le fait que deux hommes puissent
s’avancer l’un vers l’autre. Ce charme de la rencontre est devenu rare :
les garçons avec les applis discutent deux plombes avec le mec d’en face sans
faire un pas. Il faut des pastilles pour oser, les esprits étant en bug depuis
des lustres.
Se
transformer en produit, mettre des photos d’il y a dix ans, torse nu avec tout
le matériel. Se mettre dans la bonne case, daddy, chubby, bear, langage de
Disney pour des hommes de cinquante ans dotés de cervelle, et qui l’ont abandonnée
pour tenter de trouver un peu d’amour dans une ville tentaculaire.
Les plus
jeunes n’y voient goutte, ils sont encore à leur avantage, et n’entrevoient pas
cette vérité : dans une boucherie, on a tous pour horizon la poubelle à
viande avariée.
Ces
kilomètres de messages où on déballe le menu et où l’on se livre en se cachant.
Une mauvaise réponse ? On se fait bloquer. Les gens s’achètent, se louent,
se crachent dessus par des écrans tactiles interposés, puis font mine de
l’avoir oublié un jour plus tard. Dans ce cloaque, les plus méchants sont les
vainqueurs, les plus fragiles et sincères les cibles préférées. On glose
beaucoup sur l’homophobie, omettant de dire que la plus féroce est celle
pratiquée dans la communauté.
C’est
beau, l’amour, la sensualité, la douceur, l’écoute, le long cheminement pour
connaître un autre. Tout a été massacré et piétiné. Alors l’homme seul et
esseulé pleure sa triste solitude.
Ils
avaient eu tant d’occasions avant mais sont allés au simple, la chair facile,
l’addiction, les plans entre deux courses, les arrangements avec la vérité,
« je te lâche et passe au suivant en moins bien ». Et les voilà seuls
à cinquante ans avec un boulot de merde. Trop vieux et pas assez riches pour
entretenir un petit salopard qui les trompera et leur piquera leurs sous.
Vous vous êtes laissé détruire par lâcheté, mais vous êtes en vie. Il n’est point trop tard pour désactiver ces applis, réapprendre ce que vingt ans auparavant vous faisiez. Contemplez. Lâchez la tension, y’a pas le feu, ce qui doit advenir adviendra pourvu que vous soyez.
Soyez plus
forts, plus sensibles, plus vous-mêmes que cette logique qui envoie tous vos potes
chez le psy, à la pharmacie ou au suicide. L’amour ne se doit, ne se mérite ni
ne s’achète ni se loue : il se vit, il se donne à vivre à celui qui l’a en
lui. Ecoutez votre cœur, éveillez ce bel endormi.
Quant à
vous, beaux gosses aux pectoraux piqués aux stéroïdes, écoutez vos aînés.
Cessez de vous prendre pour des dieux parce que la nature vous a gâtés. C’est
provisoire. Faites preuve de grandeur d’âme, montrez-vous respectueux envers
cet homme qui a l’âge d’être votre père et que vous bousculez sans ménagement.
Car quand
ce sera votre tour …

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