Les trolls - extrait de LA COMEDIE HUMAINE - Christophe Cros Houplon - 2018.

 

Les années 70 nous avaient offert les petits vieux du Muppet, gâteux au balcon, au demeurant fort drôles.

 Cinquante ans plus tard, ces deux petits vieux ont enfanté des enfants dégénérés, anonymes ceux-là, qui sur les forums, cachés derrière des pseudos « pseudo drôle », pullulent, infectent, chassent en meutes, s’autopromeuvent, se font dégager du fait d’insultes répétées, puis réapparaissent sous un identifiant aussi creux que le précédent…

Et reprennent leur tambouille, inlassablement.

 Ces bruyants rejetons, faire-valoir sans le savoir de ceux qu’ils maculent de leurs quotidiens crachats, n’écriront rien, ne publieront rien et ne créeront rien. Capables de détruire, ils se contenteront tels des laquais planqués de salir, ce qui a le mérite de créer des emplois de nettoyeurs.

 Ils demeureront les jumeaux des bisounours qu’ils exècrent et dont ils épouseront la logique à front renversé. Par leur constance, les trolls, par le buzz qu’ils génèrent, mettent leurs exécrés en lumière et ne peuvent pas s’en empêcher.

 Vers solitaires, ces parasites sans réel pouvoir de nuisance sont fats au point de se prétendre aptes à véroler des organismes sains ayant développé de bons anticorps. Ceux-ci sont leur raison d’être. Sans cible, comment se mettre en avant, eux les septièmes couteaux à la lame usée ? 

 Equivalents des occupants de la Pension Vauquer de Balzac, ces zélateurs malgré eux n’arriveront jamais à la cheville de leur maître Rastignac. Leurs dents acérées ne pourront que macérer incisives en avant des bouts de carottes précuites.

 Se croyant drôles, féroces, cyniques et méchants, ces lapins-crétins donnent à voir sous un masque du rebelle leur vacuité, et parsèmeront la toile de petites crottes recouvertes de bave.

 Inaptes à se regarder en effet miroir comme ils le font avec leur prochain, ils ne peuvent concevoir ce que leurs fils d’actualité donnent à voir de leur être. Le masque avec les ans s’étant trop enfoncé dans leur peau, ces pourfendeurs seront devenus borgnes.

 Je les aime, mes trolls, les asticote, les chasse, les vois revenir, les laisse ensuite faire, me distrais de voir d’autres les tacler. Aucun Baygon, fût-il rouge ou vert, ne viendra à bout de ces vers de terre, ce qui est rassurant. Nous qui agissons avons besoin d’eux, de leur addiction, de leurs acharnements, de leurs insultes et de leurs crachats.

C’est un honneur d’être une cible, écrira Edmond Rostand dans la bouche de Cyrano. Restez avec nous : parasites sans poison, vous êtes, sans que vous le sachiez, aussi sur la scène. Loin d’avoir la capacité à décrocher le rôle, vous, anachroniques, demeurerez les figurants d’une pièce de théâtre dont le script est écrit par d’autres.


Photo credits : Artist Ali.




Comments

Popular posts from this blog

Meyer Habib ou le terrorisme identitaire.