Les pervers narcissiques.
C’est à
compter de 1997 et du lancement de mon entreprise en stratégie des RH et chasse
de tête de cadres dirigeants que je vais pour la première fois me pencher sur
la question de ces profils aujourd’hui agités à toutes les sauces mais qui
désignent une typologie tout à fait
particulière de personnalités toxiques :
les pervers narcissiques. Quand vous
intervenez sur le management d’équipes de direction vous devez connaître et
savoir repérer ces profils qui sont un poison pour une organisation humaine.
Car introduire ou laisser agir un PN dans une cellule humaine et c’est tout le
corps qui lentement se délite.
Un PN (je lirai énormément et rencontrerai à l’époque des psychiatres qui m’éclaireront
sur le sujet) est un type de personnalité
qui se forge dès l’enfance soit dans un climat conflictuel dont il parvient à se sortir en créant une bulle dénuée d’empathie soit dans une
adoration de ses parents ne lui fixant aucune
limite et notamment pas la frontière bien/mal, fondatrice pour vivre en
société.
Intérieurement le PN grandit en
insécurité et se déploie dans la séduction. N’ayant en lui pas de lumière et de force solide
il se projette sur des victimes ayant ce qui lui manque : de la lumière et de l’empathie. Son but
est de charmer la proie pour lentement l’éteindre de l’intérieur par paliers,
de la rendre dépendante de ses jugements, de sa présence, de ses gratifications.
Cela
commence toujours de manière douce, pour ne pas dire romanesque, car il lui
faut créer un lien de dépendance affective.
Une fois cela acquis il pratique par insinuations et par déstabilisations en
crescendo. Cela sera par exemple une remarque sur l’habillement, sur les
cernes, sur le poids, sur une attitude en public. Lorsqu’il est en société aux
côtés de sa victime il se montre absolument charmant, mais le vrai visage s’impose
dans les têtes à têtes car il veut que les autres s’imaginent que sa proie est
en train de perdre la tête :
« Mais enfin, Isabelle,
Jean est tellement adorable avec toi ? ».
Il coupe le lien entre sa cible et son
entourage en jouant sur deux tableaux à la fois : l’image publique qu’il
offre est à l’opposé de ses coups réservés à l’intimité.
Il joue
également en orfèvre sur le registre chaud et froid, donnant puis reprenant,
complimentant puis sermonnant, promettant puis ôtant, offrant puis détruisant.
Et rend petit à petit sa cible totalement dépendante de son bon vouloir.
Une
fois éteinte sa cible est bonne à jeter, il lui en faut une nouvelle. Les pervers
narcissiques peuvent cultiver plusieurs relations parallèles avec plusieurs
victimes et parvenir à cloisonner.
Leur
totale absence d’empathie signifie qu’intérieurement
ils sont froids et seuls et non dénués de sadisme. Froids comme la lame d’un
couteau, seuls comme un enfant abandonné. Ils n’ont nullement conscience de
faire le mal car le mal à leurs yeux ce sont les autres, c’est ce qui au début
n’a pas été donné (la frontière bien/mal ou l’amour et la tranquillité). En d’autres
termes ils compensent inconsciemment en projetant sur autrui vu comme une « chose »
à détruire leurs propres failles.
Leur talon d’Achille c’est leur
image car
celle-ci se confond à leur être. Attaquer leur image, les démasquer, révéler
leurs méfaits leur est tout bonnement insupportable et leur contre-attaque ne
peut être que victimisation et déni. Ils accusent systématiquement quiconque les
démasque de leurs torts et de leurs fautes et ne peuvent faire que cela car ils
n’ont aucune conscience de ce qu’ils font.
La perversion
narcissique est une maladie mentale
en ce sens qu’elle constitue une pathologie
en termes de systématisation d’une dimension
psychologique en soi assez banale qui est le narcissisme et que nous avons
tous plus ou moins en nous à différents degrés.
Les
spécialistes dans le domaine psychiatrique nous assurent que l’on ne peut en
guérir. Ils traitent certes des PN mais ceux-ci au fil des rendez-vous reconstruisent
le cube du réel au fur et à mesure afin que l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ne
change pas. Il y a là une distorsion du réel et de la perception de soi ayant
pris une caractéristique de systématisme car les fondations de la personnalité
ont acté la perversion c’est-à-dire le détournement et son ancrage.
On ne
peut donc que se protéger d’eux, se tenir à distance, se désenclaver et fermer
la porte à clef.

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