Mélenchon 2027 : prix du meilleur scénario à Saint Denis.

 

On ne l’a pas découvert hier à Saint Denis lors de ce qu’on peut qualifier de meeting de lancement de sa quatrième campagne présidentielle, meeting ayant rassemblé sous l’aile de la Basilique et de ses gisants une foule de 26 000 supporters : il y a deux Jean-Luc en Mélenchon. Il y a celui que nous autres qui goutons peu le personnage tout en lui reconnaissant d’évidentes qualités critiquons sans cesse, l’opposant tout de bruit et de fureur, celui qui sur les estrades de salles de réunion ou sur les fils Twitter éructe, tempête, assène, provoque, clive, segmente, bref divise. Et puis il y a l’autre, celui que par deux fois il nous sortit de sa boite, le tribun charismatique de 2017 et 2022 au verbe haut et aux mots choisis, celui qui séduit, celui qui convainc, celui qui endort aussi, réussissant en un tour de passe-passe à faire oublier celui d’avant, celui de tous les jours, au fond le vrai Mélenchon, celui qui insulte certains caméraman, celui qui défonce la porte de ses locaux sous scellés, celui qui reprend certaines ficelles de Jean-Marie Le Pen pour s’agréger son socle en faisant feu de tout bois.

Une nouvelle fois l’admirateur du sanglant Robespierre a revêtu l’habit de pourpre de l’homme de culture féru d’histoire à la plume ciselée, convoquant depuis le perron de la mairie de Saint Denis, emblème s’il en est de sa « nouvelle France », les grandes pages de notre Histoire, faisant revenir les sources de la royauté puis de la révolution française, tissant le fil depuis la couronne jusqu’au scrutin, y dessinant une logique puis la reliant à 2026 et à ces visages et à ces peaux de toutes origines.

Devant Bompard, devant Panot, devant Boyard, devant ces pâles figures, le voilà qui par la force de son verbe parvient à escamoter les quatre années auxquelles nous avons assisté, se réappropriant avec panache le « on est chez nous » de ses partenaires de jeu préférés, détournant cette formule qu’il était auparavant parvenu à rendre caduque pour lui assigner un sens tout autre et pour ensuite se faire, plus qu’applaudir, littéralement encenser par celles et ceux qui avant-hier étaient par ces quatre mots visés.

Par ce seul exemple, on peut dire, qu’on l’aime ou qu’on l’exècre, que pour Mélenchon le verbe fait tout. Plus que le programme, plus que l’équipe, plus que la logistique LFI, plus que le réseau qui dorénavant maille le territoire et le prépare à un face-à-face avec Bardella, c’est pour le tribun qu’il est l’arme, je ne dirai pas de la victoire, mais bien du combat, celle avec laquelle il triomphe sans mener la moindre bataille des nains de jardin de la gauche dite non radicale, celle qui par deux fois lui apporta sur un plateau des voix qui par millions songeaient à un autre bulletin que le sien. Il le sait, le patron des Insoumis, en campagne le verbe fait tout.

La bête de scène qu’on disait agonisante dans les mines de sel sondagière a une fois encore relevé la tête et réussi sa mue, transformant une rampe de lancement en une geste se donnant pour objectif sa présence au second tour. Ecartant habilement Marine Le Pen en économisant contre elle ses coups, le voilà qui désignant le tout juste trentenaire Bardella le met au défi, renvoyant à sa France la sienne, installant ses thèmes en miroir à ceux du RN, reprenant son langage pour mieux le redéfinir tout en ignorant superbement ces collégiens de gauche égarés : « Qui que vous soyez, dans quelque parti que vous soyez, surtout si c’est de gauche, vous ne pourrez pas dire si malheur arrive, “je ne savais pas”. La victoire est possible », lança-t-il, bravache, indiquant ainsi que la primaire a déjà eu lieu.

Pour un peu on en oublierait que le staff de La France Insoumise, où ne surnagent guère que des visages pâles bien peu représentatifs de la créolisation tant vantée, on aurait du mal à en imaginer un et un seul tenir ne serait-ce que la porte d’un secrétariat d’état, tellement ces gens respirent l’amateurisme. Même recouvert d’un costume acheté l’avant-veille chez Célio, Louis Boyard aura toujours l’air de revendre des barrettes de marijuana en loucedé. Quant à Mathilde Panot, assise en tailleur, elle aussi faisait déguisée.

Sauf qu’en campagne présidentielle, le Chef, son Verbe et sa mise en scène les escamotent sous le tapis. Il y a la Basilique, il y a Bally Bagayoko, il y a Annie Ernaud et son prix Nobel de littérature, il y a la Grande Histoire de France, il y a la foule rassemblée et il y a lui qui en une heure il faut le reconnaître éblouissante de maîtrise remporte le prix du meilleur scénario.




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