Recruter un Directeur Général : mode d'emploi.
Lorsqu’entre
mes 32 et mes 45 ans j’ai eu pour missions (entre
autres casquettes) de sélectionner pour des groupes importants des
dirigeants (Directeur Général, Directeur
Financier Groupe, Directeur Zone Europe etc …) j’ai mis en place une
méthode consistant à optimiser à la fois mon temps de travail et mon efficience
à détecter ce que mes clients qualifiaient de « perle rare » et que
je traduisais de mon côté en candidat approprié.
Dans
mon esprit ce dernier ne pouvant qu’être unique car comme dans la passion
amoureuse facteur de ce qui s’appelle un coup de foudre, je parvins à
convaincre mes commanditaires que leur proposer
un choix de trois comme le faisaient mes concurrents était non seulement une perte
de temps mais un non-sens : dès lors qu’ils me faisaient confiance et
qu’ils tombaient d’accord sur le fait que leur perle rare n’existait qu’en un
seul exemplaire, à quoi bon cette comédie
du prétendu choix si ce n’est pour obéir à une convention ?
Lorsque
vous cherchez un DG et que celui-ci ne se trouve pas par approche directe vous
passez une ou plusieurs annonces, lesquelles vous apportent en moyenne entre
500 et 1000 réponses. Autant dire de quoi vous occuper une semaine rien qu’en
tri si vous n’avez au préalable défini avec précision un certain nombre de pré
requis en termes de parcours et de connaissances indispensables vous permettant
d’écarter en dix secondes de lecture diagonale 9,5 CV sur 10.
Un assistant
est chargé ensuite d’écrémer ces 50 afin d’arriver à 10. Un questionnaire fin
prêt, une attention de tous instants tant aux réponses fournies qu’au style de
vos interlocuteurs, à leur adaptabilité, à leur souplesse et à leur rapidité.
On
arrive donc à ces dix qui nous sommes d’accord ont tous postulé pour piloter
une entreprise de 1000 à 5000 salariés, et qui reportent et à un PDG et à ce qu’on
appelle les propriétaires, en l’occurrence des actionnaires.
Ce DG
est donc bien un salarié. Ce n’est pas lui qui fixe le cap du voyage, lui il
est le capitaine qui à bord conduit le bateau de A à Z, optimise les conditions
du voyage, fait en sorte que les coûts n’explosent pas et intervient sur l’ensemble
des lieutenants afin que chaque service fonctionne de manière optimum. Son
quotidien ce sont mille micro décisions qu’il prend ou qu’il délègue, les états
de fièvre de l’équipage, la satisfaction des passagers et le rendement au bout
pour l’actionnaire.
Le job
c’est ça. Et ça, cette aptitude à agir
en situation face à un réel qui se déploie en tous sens de manière plus ou
moins foutraque, cela ne se mesure nullement
en se focalisant sur la rhétorique seule du candidat, sur sa capacité à
parler de ce qu’il sait le mieux faire, sur ses facultés à répondre à des
objections. Non pas que ces éléments ne soient pas importants : ils le
sont et sont d’ailleurs étudiés. Mais ils ne constituent pas la charpente de ce
que je souhaite observer.
Pour percer
à jour cette aptitude en situation il convient de recréer en groupe (en l’occurrence avec nos dix postulants)
une situation analogue à celles que l’on vit en entreprise où je pourrai d’entre
tous déceler celui qui se détachera du lot. En d’autres termes vous confiez à ce
groupe de travail une mission à préparer ensemble, une mission aussi délicate
que concrète dont la présentation à l’échelon du dessus doit avoir en amont
dégoupillé tous les blocages. L’échelon du dessus, nous sommes d’accord, c’est
celui qui fixe le cap, c’est au choix le PDG ou le comité d’actionnaires,
soient ceux dont le job ne consiste nullement à se salir les mains étant donné
qu’ils paient un DG pour ça.
Vous
lancez la mise en situation de groupe
pendant 45 minutes et vous observez. Les moins bons, je l’observerai
systématiquement, se mettront les premiers en avant et s’épuiseront au bout de
vingt minutes, ceux qui ont du ressort tiendront le cap pendant 30 minutes non
sans avoir beaucoup observé en silence au début, et celui que vous cherchez ainsi que un ou deux compétiteurs solides s’imposeront
dans les 15 dernières minutes.
Un entretien individuel avec les trois meilleurs permettra non pas de sélectionner
mais de valider le choix. Une question, une seule : faites votre
autocritique dans la dynamique de groupe vécue.
Top
chrono : deux heures, montre en main. En présence de mon client, lequel en
situation a vu et pensé exactement la même chose que vous.
Pour
lui (pour le PDG) le choix est fait.
Reste l’actionnaire. Lui, choisir, il y tient. On va donc lui servir sur un
plateau ce qu’il veut à savoir sa short-list, avec en coulisses un PDG déjà
convaincu de l’identité de celui avec lequel il a envie de travailler.
Celui
qui leur reporte étant non pas celui qu’on recrute mais celui qui est avec eux
dans les coulisses, le choix, dans la grande majorité des cas, est validé.

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