2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (extrait de 50 ANS DE CINEMA SF de Christophe Cros Houplon)

 

2001 l’odyssée de l’espace de Kubrick, sorti en 1968, ouvre le cinéma de science-fiction contemporain. Dont il est la genèse et la quintessence.

Ce film mythique, énigme ayant laissé ses spectateurs abasourdis, fut accueilli avec un immense embarras.

Cinquante ans après, on continue toujours à interpréter les intentions de cet immense visionnaire s’étant donné pour mission de traduire notre monde.

Une théorie du complot a prêté une collaboration entre Kubrick et la NASA pour créer de fausses séquences sur la Lune. Vrai ou faux ?

 Soulignons que toute l’œuvre du génial Stanley Kubrick se donne pour objectif la révélation de ce qui est caché. Révélation de l’histoire chassée des manuels scolaires à propos de la première guerre mondiale en France dans Les sentiers de la gloire. Tendances pédophiles des élites universitaires dans Lolita. Collisions des USA avec l’idéologie nazie, se référant en sous texte à l’opération Paperclip dans Docteur Folamour. Manipulations à des fins de violence dans Orange mécanique, Barry Lyndon puis Full metal Jacket. Folie des êtres reprogrammés par l’armée dans Shining. Enfin plongée dans l’univers des sociétés occultes dans Eyes Wide Shut.

2001 ne déroge pas à la règle.

Au commencement des temps, notre supposé ancêtre selon Darwin, un chimpanzé. Face à un monde paisible et désert.

Apparaît, comme dans le jardin d’Éden, un monolithe noir, arbre de la connaissance qui attire l’attention telle une tentation.

A son contact le chimpanzé devient fou. Il trouve un os qu’il transforme en arme et retourne sa colère contre les siens qu’il massacre. Puis il jette par défi en direction des cieux l’os/arme. Lequel se transforme en un fondu enchaîné en un vaisseau spatial.

Nous venons d’assister à la séquence d’ouverture sur la musique proprement nietzschéenne du compositeur allemand Richard Strauss. Nietzsche fut l’apôtre de la philosophie du surhomme.

On le voit, la brève introduction pose tout sur la table.

Nous plongeons directement en 2001 dans un vaisseau spatial qui a une mission : l’homme à la recherche de la limite de l’immensité de l’espace, et donc des limites de sa connaissance comme de sa puissance, est en route vers Jupiter.

Cet homme serait-il l’Homme-Dieu de Nietzsche ? Il est pourtant asservi à un ordinateur central, HAL 9000, qui commande le vaisseau, c’est-à-dire, au-delà du voyage, son cerveau. HAL est l’équivalent du voyageur intérieur dans la parabole du chemin de vie de Michel Odoul. Le présupposé homme libre est donc l’objet de la machine toute puissante qui commande le voyage.

HAL, si on ajoute une lettre à chacune donne IBM. IBM, financeur du film 2001 et firme à l’origine de la création des ordinateurs censés être des outils à notre service.

Un homme dans le vaisseau, salarié de la firme IBM, laquelle produit le film. Un homme libre selon Lucifer. Libre d’aller où bon lui semble s’il obéit et fait ce que lui dicte la machine. En quête du savoir et en conquête de l’espace et du temps. Se prenant donc pour Dieu.

Asservi, se croyant libre et se prenant pour Dieu : on est ici au cœur du mensonge du serpent de la Genèse.

Ce voyage dans l’espace, qui se révélera être une quête intérieure, va conduire cet homme asservi à la machine à se rebeller contre ce HAL tout puissant qui depuis le début le manipule.

L’homme, armé d’un tournevis, va débrancher la carte mère et donc le pouvoir de la machine sur lui. A peine libéré, il va être précipité à rebours dans l’espace-temps jusqu’au cœur du ventre maternel.

L’espace et le ventre maternel. Le raccourci, saisissant, clairement exprimé par l’image dans le film de Kubrick, dit ceci : quête de l’espace, quête de soi et création ne sont rien qu’une et une même chose.

L’homme achèvera son voyage intérieur précipité dans une pièce blanche ou trône le monolithe noir, à savoir la tentation des origines. Il comprendra ici la signification spirituelle inhérente à la condition humaine. Ainsi purifié il redeviendra un fœtus prêt à un voyage vers une Terre Éden.

Face à au dilemme foi contre matière, l’homme choisit à rebours ce qui fut proposé à Adam et Eve par Lucifer, et devient le premier être sur la planète Terre après des millénaires de tentations. Et ce faisant il rejette science, déterminisme, technologie, asservissement, machine, pouvoir et désir de puissance. Et redevient fœtus.

Kubrick met en images et en musique ce retour à la Source. Il démontera le mensonge qu’il déboîte comme son personnage déboîtera la carte mère de HAL. Et il le fera en procédant par associations de signifiants d’une manière complexe à appréhender. Il utilisera l’appel à l’imaginaire et fera triompher « Le Beau Danube Bleu » pour composer une symphonie d’images énigmatiques et de paraboles. Pour finalement ne délivrer in fine que des pistes.

Kubrick attaque l’air de rien le plan funeste à la racine. Le transhumanisme cher à nos élites financières aurait parfaitement eu sa place dans la grille de lecture de ce film né il y a plus de cinquante ans, tellement en avance sur son temps qu’il dépasse en intelligence le meilleur film de SF jamais réalisé de nos jours.

Œuvre totale, 2001 annonce et transcende tout ce qui va suivre. Il commence et conclut un genre qui après lui aura produit des chefs d’œuvres. Et il reste la référence absolue.

Le bien et le mal, le savoir, ses limites, la foi, la science, le voyage intérieur, l’espace-temps, le serpent contre le Créateur : tout est dit.




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