Peter Pan (extrait de WENDY ET LES ENFANTS PERDUS)

   

Il se tient face à la toile. Derrière lui, l'homme l'observe et voit le bras se poser exactement à l'endroit juste. Le trait s’élancera, il n'y a pas eu une once d'hésitation.
Peter sent, Peter sait, Peter a cet œil, lequel fait obéir la main, la fait courir et voltiger.
L'ami, le mentor et le maître, quelques mois, quelques années, l’observe avec une pointe de nostalgie. Et l'élève, le maître le sent, l’ami le sait, il va un jour dépasser le maître et voler de ses propres ailes.
Peter a terrassé le Capitaine Crochet. Peter a conservé une part d'enfance de laquelle il va façonner bien des œuvres dans des genres différents.
Contrairement aux enfants perdus, Peter est tout sauf infantile. Evoluer vers un art plus adulte. Quitter les mangas, la BD, l'illustration et représenter l'autre. Actuellement ce sont des garçons, des hommes, qu’il va chercher en faisant défiler les images sur son cellulaire, et qu’il fait venir à demeure.
Cela dure depuis longtemps et en apparence seulement. L’apparente cage de Peter est un trompe l’œil, et son sofa un tapis volant.
Peter a besoin de temps et il ne contrôle rien. Sans le savoir en le sachant. Peter est dans la maitrise depuis qu’à onze ans il aura vaincu le Capitaine Crochet.
Peter le sait, dans le tourbillon de la vie, il est un wagon à la recherche de locomotives et il  se fait repérer de celles auxquelles jusqu’ici il se prête sans jamais faire autrement que se louer. Ne forçant pas le destin, Peter glisse.
Au plus profond une petite voix lui souffle, la locomotive reviendra. Ils furent quelques-uns à souffler le contraire, à le détourner de son chemin. Sans succès.
Peter porte son enfant avec légèreté tandis que l'adulte se découvre progressivement. Il reste une forme de candeur qui ne lui fait pas voir le rictus sous le sourire. Mais de combien de pièges son instinct l’a préservé en si peu d’années ?
Peter aime les enfants perdus, Peter n'est pas perdu, il sait précisément où il va. Sa voie, sa route, il les empruntera avec humilité. Et il n'annonce pas, il fait. C'est allé non point vite mais droit.
Peter a son rythme et personne ne lui intime d'ordre. Dans les airs le vol est léger, la voix est douce, dedans et dehors.
Peter se mêle sans se fondre, il ne s'engage pas à la légère, se tient à distance des tracas, il ne se mêle pas de la vie d'autrui, il est à sa place et il la tient bien.
Peter est convoité, désiré. Il n'en joue pas, il le sait, il s'appuie parfois dessus, pour son art et pour son art seulement.
Peter est là parmi eux pour son art. Il ne joue pas. Il passe, entre, tend le cou, sourit et s’en va. Il est venu, saura prendre du champ, aller ailleurs, là où l'horizon est plus vaste.
Peter a fait un petit tour au bar des enfants perdus. Il s'y est fait photographier trois fois. Les clichés le montrent avec eux détaché. Il perce l'image, la rend distincte des autres.
L'être est dedans, bel et bien dedans.
Peter était là, debout sur un bout de trottoir. Et s’est éclipsé sur un sourire.




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