Anatomie d'une fake-news : la supposée mort de Benjamin Netanyahou.
En plein conflit américano-israélo-iranien, la guerre, comme c’est systématiquement le cas depuis le début de
ce siècle et notamment et surtout à compter de l’apparition de l’intelligence
artificielle, ne se fait pas que sur le
terrain mais bien sur nos réseaux sociaux.
Dérivée de la guerre informationnelle classique mêlant propagande
politique et militaire aux canaux médiatiques traditionnels, celle qui concernant
le théâtre iranien aujourd’hui comme celui en Ukraine implique de nouveaux
réseaux, sociaux en l’occurrence (X, Musk
et son agent conversationnel Grok sont chez nous en tête de gondole), de
nouveaux acteurs qu’on appelle influenceurs (Candace
Owens, Géopolitique Profonde, la bande à Soral sous pavillon Alexandre Douguine
…) et, surtout, un nouveau rapport
au réel et aux faits.
Non pas que la propagande d’état (celle de l’Otan comme celle de Moscou) et leurs relais médiatiques
disent le vrai : elles ne font qu’exploiter un narratif dont le fond de vérité
varie selon le front sur lequel on se place. Ce en quoi le nouveau dispositif
informationnel innove, outre l’absence totale de formation journalistique et de
professionnalisme de la plupart de ses acteurs comme de ses méthodologies (on a le plus souvent affaire à une armada d’Inspecteurs
Gadget du clavier numérique et de l’enquête), c’est qu’il postule que le réel est tel un miroir à deux faces
comme l’indique Grok, le chatbot créé par les équipes d’Elon Musk : il y a la réalité officielle et son corollaire
la réalité alternative, et ces deux réalités se valent.
De même qu’il y a le réel filmé et le réel reconstitué par l’intelligence
artificielle générative, lesquels réels s’embrouillent l’un l’autre, le vrai devenant
faux et inversement.
L’anatomie de la diffusion de la fake news autour de la mort
supposément réelle de Benjamin Netanyahou, lancée le 10 mars par l’agence de
presse iranienne Tasnim, illustre à la perfection cette échappée dans le dés-informationnel
2.0 où, en parallèle d’un conflit réel où l’on trouve des attaques, des immeubles
et des constructions militaires qui explosent ainsi que des dirigeants, en l’occurrence
un et pas un des moindres, l’Ayatollah Rouholla Khomeini, qui perdent la vie,
se développe un univers parallèle où le
faire-savoir tente d’influer sur le faire tout court en usant et en abusant de
l’intox, ce que nos médias qualifient d’INFOX ou information fausse.
Au cœur du mensonge, une interprétation volontairement biaisée exploitant
une des failles de l’I.A générative, celle qui est utilisée pour générer de
fausses vidéos. En 2023 et 2024, une des manières les mieux connues pour
distinguer une vidéo authentique d’une fausse était la difficulté pour certaines
I.A. à reconstituer avec précision et réalisme des mains humaines.
A partir de là, reprenant une conférence de presse récente du
Premier Ministre de l’Etat Hébreu, l’article de Tasnim, multipliant les gros plans
sur les deux mains en mouvement de Netanyahou, faisant des arrêts sur image et
fantasmant sur des ombres nées de pixels créées suite à des réencodages de la
vidéo originale et donc à de mauvaises compressions, en vient à parler d’un Benjamin Netanyahou à six doigts.
A partir de là, la toile va s’embraser et les Inspecteurs Gadget
de la complosphère mondiale, ceux assis sur un business model ayant fait d’eux
des millionnaires comme ceux qui depuis 2021 passent sept jours sur sept à
tenter de prouver que Brigitte est Jean-Michel pour pas un rond, vont se
déchainer. Notamment en faisant appel à des modèles de détection de l’I.A. à
partir de formats de vidéos non compressés donnant lieu de la part de ces
logiciels à d’importantes marges d’erreurs.
Le cocasse quant à ce cas précis est (et c’est là qu’on voit à quel point sur des esprits lobotomisés par le
déversement constant de fake news la méthode fonctionne à plein) que le propagateur de l’infox s’appuie sur
un défaut réel mais daté de l’utilisation de l’I.A. pour démontrer qu’une vidéo
authentique est fausse. Pour nous autres qui avons su développer l’habitude
d’interroger nos sources et de tenter de vérifier ce que nous lisons ou croyons
percevoir, la méthode peut assez aisément être éventrée. Mais pour un avaleur
de QAnon et de Truth Social ça passe crème,
surtout si l’agent conversationnel Grok le met sur la « bonne mauvaise
voie ».
L’ampleur sur les réseaux sociaux de la rumeur née de l’article
iranien conduira le 12 mars soit deux jours après le premier ministre israélien
à réagir immédiatement en publiant une courte vidéo de démenti sur son compte X.
On le voit debout au milieu d’un café des environs de Jérusalem nous assurer
que tout va bien non sans malicieusement avancer face caméra l’une puis l’autre
de ses deux mains.
Deux fois cinq doigts : tout va bien.
Sauf que non. Comme avant-hier on continuait dans certains cénacles
bien des années après qu’elle soit passée s’expliquer sur le plateau de Poivre
d’Arvor à affirmer qu’Isabelle Adjani avait contracté le SIDA, nos influenceurs
Inspecteurs Gadget et leurs suiveurs aux cervelles de bulot prirent appui sur
le démenti pour réenfoncer le même clou en se saisissant cette fois comme ils
le font systématiquement d’un nouveau
millefeuille argumentatif sorti de leur chapeau : le teint de
Netanyahou n’est pas normal, son nez est fabriqué, le gobelet de café ne provient
pas du restaurant en question, le café à l’intérieur du gobelet ne coule pas et
est donc généré par l’I.A. etc.
Bref tout ce que vous pensez voir est généré par l’intelligence
artificielle.
On est donc bien dans la réalité augmentée à la sauce du dirigeant
de Space X : le vrai est faux, le faux est vrai, le réel a deux faces et
tout est relatif. Quand on ne s’entend
plus sur le réel parce que celui-ci est devenu double, il ne reste plus qu’à le
dissoudre.
On comprendra ainsi que le fait que Madame Brigitte Macron finisse
excédée par produire une preuve scientifique irréfutable qu’elle est bel et bien
une femme comme celui qu’hier la chanteuse Sheila fit filmer son accouchement
afin de prouver à son propre fils qu’elle aussi était une femme n’aura
absolument aucune incidence sur les croyances de nos lapins crétins du moment.
Lesquels, concernant Netanyahou, ont pour certains remis une pièce dans le
cochonnet narratif en nous sortant de derrière les fagots des images censées montrer le corps du
pseudo-mort extrait de décombres après un bombardement présumé.
On en trouvera encore d’ici cinq ans par milliers pour nous relayer
la vidéo aux 88 000 vues publiée le 14 mars sur TikTok par un authentique
mythomane au casier judiciaire des plus fournis : j’ai nommé Pascal
Treffainguy.
Qui est cet influenceur qui cartonne depuis 2020 sur les RS pour
non seulement propager de la fake news en barre mais arnaquer son prochain ?
Vous trouverez ici quelques éléments de réponse : https://christophecroshouplonecrivain.blogspot.com/2026/03/faites-entrer-laccuse-pascal-treffainguy.html
Un escroc
sous 17 chefs d’inculpation assigné à demeure par le Ministère de la Justice
brésilien et sous bracelet électronique qui se fait passer pour le chef du
gouvernement en exil d’un Roi de France inconnu au bataillon qui cumulant 88 000
vues sur TikTok nous informe …





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