Communauté GAY : des droits et des devoirs (extrait de AUX FELES LA LUMIERE de Christophe Cros Houplon - 2017)

 

Parfait que deux femmes et deux hommes puissent dans la France d’aujourd’hui décider de s’unir devant un officier municipal comme le font un homme et une femme. Ce droit posa question du fait de l’ouverture d’un sacrement religieux. Il sera difficile à remettre en cause, en dépit de toutes les tentations réactionnaires qui s’expriment bruyamment, comme envers l’IVG.

Il y eut des avancées sociétales ces quinze dernières années. Après le PACS, le mariage « gay », mot auquel je préfère « homosexuel », ouvrant sur les lesbiennes plus discrètes que leurs congénères masculins, et que ce droit concerne tout autant. Contre toutes les voix rétrogrades, la France de 2017 est incroyablement plus ouverte qu’en 1984, année où je fis mes premiers pas dans ce qu’alors on appelait le « milieu homosexuel ».

Au contraire de l’hyper visibilité actuelle, celui-ci était confiné à quelques rues, du côté de la rue Saint Anne, dans le quartier des Halles, et puis ce café bar à l’angle de la rue Vieille du Temple qui fut le point de départ du Marais. On entrait dans un lieu dont les portes étaient fermées. On y vivait à l’époque caché et confiné. Ces lieux restaient ouverts comme pouvait en témoigner le Tea Dance du Palace où gravitaient tous les âges, sexualités, races et strates sociales.

Il y avait dans cette marge un esprit d’avant-garde qui attirait des gens extrêmement connus qui venaient à nos côtés partager un bout de dancefloor.

Il est un fait que trente ans plus tard cette ouverture s’est transformée. Et pas qu’en bien. Certaines fêtes restent fidèles à cet esprit d’antan, l’ouverture aux hétéros, aux étudiants … Ces mamies qui dansent sur les trottoirs à la Gay Pride, ces enfants accompagnés des parents. Seraient-ce eux qui se seraient ouverts et non pas nous ?

J’ai assisté à des fermetures d’une partie significative de ce milieu sur lui-même, dans son rapport à l’autre, à la sexualité consommée, à la segmentation en tribus. Les applis de rencontres ont pris le pouvoir, et les gays ont du mal à se rencontrer naturellement, simplement à se séduire dans la rue, dans le métro ou dans un bar.

Dans les bars, sur les pistes, les portables sont allumés sur Scruff. Les segments marketing sont apparus avec le vocable bear, daddy, chub, un langage Disney avec une logique de consommation. Les soirées auront vu apparaitre les drogues : addiction et désocialisation à des âges avancés, précipitant vers un seuil de dangers avec perte de travail, dépression, suicide notamment.

Un clergé s’est mis en place, prompt à dégainer dès que pointe l’homophobie et bien silencieux sur le fléau du chemsex qui fait tant de victimes.

Ce silence des détenteurs de la voix officielle, lesquels connaissent le fond des choses est grave. L’exposition donnerait sur la communauté un coup de projecteur et fournirait sans doute des armes à ses ennemis. Mais quoi : ce n’est pas se faire juge que de dire qu’il s’agit de vies humaines, que suicides et crises cardiaques se multiplient, que les scènes de crimes retrouvées après ces parties qui dérapent sont absolument atroces.

On ne peut à mon sens obtenir de droits sans se fixer des devoirs, et c’est le prix à payer. Ces drames liés au chemsex ont à voir avec une liberté qui met l’autre en danger de mort. Cela a beau concerner une minorité, le phénomène ne tend pas à diminuer. Et il est temps que, comme des années 80 et 90 nous avons su agir de notre mieux en solidarité et en soutien envers nos camarades atteints du SIDA, ceux qui aujourd’hui sont au milieu du gué et au fait de ces pratiques agissent à leur tour sans détourner le regard de ce qui dérange et qui fait mal.

De l’avant-garde à l’arrière train : la formule est cruelle, une formule ne tue personne. Le silence et l’inaction, si.





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