Des révélations compromettantes des dossiers Epstein à la guerre contre l'Iran : où comment Donald Trump inonde à nouveau le marais.
On le sait, depuis les Empires de presse Maxwell, Berlusconi ou
Murdoch, rivée à des intérêts capitalistiques tentaculaires, la profession de
journaliste s’est dans l’ensemble dramatiquement appauvrie tant en termes d’indépendance
éditoriale qu’en moyens, c’est-à-dire en temps consacré à enquêter.
Dépendant d’un actionnaire le regard rivé sur le cours de bourse,
le détenteur de la fameuse carte de presse du XXIème siècle, qu’il soit affilié
à un média numérique, audiovisuel ou écrit, va au plus pressé : le
journalisme d’opinion, le narratif imposé, la copie du voisin, quand ce n’est
pas la pêche aux hashtags sur Twitter. Ainsi avons-nous depuis longtemps,
passant d’une chaine d’information continue à notre réseau social préféré puis au
magazine trainant sur la table de la salle d’attente de notre médecin, l’impression
de tourner en boucle. Le petit monde connivent du Grand Siècle est tel une nuée
de ruisseaux convergeant tous en direction d’un seul et même fleuve, et au bout
de ce fleuve on peut sur les restes de papier mouillé éplucher les poireaux.
Jusqu’à l’apparition début 2025, avec le retour de Donald Trump à
la Maison Blanche, de ce qui ressemble à une révolution théorisée par un
certain Steve Banon, conseiller de l’actuel Président des Etats Unis. Révolution
parfaitement illustrée par une couverture de Time Magazine, où l’on voit le riche
milliardaire signer décret sur décret assis à son bureau tandis que dans son
dos souffle une bourrasque.
Noyer le marais, telle est la stratégie déployée depuis. Les
tuyaux que sont les médias et les réseaux sociaux se trouvent soudain envahis
par une cascade de déclarations tonitruantes, de décisions à la serpe, de
réunions fracassantes et de propos faisant claquer les portes des chancelleries
du monde entier.
Face à pareil rythme, la classe médiatique, débordée, a le tournis.
Elle qui jusque-là somnolait se retrouve soudain envahie et ne sait plus où
donner de la tête. A peine esquissé un sujet que la Maison Blanche leur balance
une nouvelle boule puante sur laquelle les éditorialistes se précipitent. Le
millefeuille narratif du 47ème Président et de son staff a pris d’assaut
les empires médiatiques et leur a imposé les deux tiers de leurs articles tout
en trustant 90% de leurs couvertures. L’effet de sidération est tel que nos
journalistes n’ont même pas le temps de faire tous les trois mois un pré-bilan
des effets d’annonce accumulés car les nouveaux sujets se sont déjà empilés sur
leur palier. C’est avec le triomphe de l’immédiateté celui de la défaite de la
pensée.
Et l’on se retrouve à un moment avec un sujet que l’équipe Trump
entendait éviter non sans en avoir préalablement fait une promesse électorale :
les fameux dossiers Epstein. On le sait tellement ce fut à satiété répété :
Trump connut le millionnaire pédophile dans les années 90 puis il s’en est
détaché. Il l’a dénoncé à la police de l’Etat de Floride et il n’a absolument
rien à voir avec ces épouvantables scandales sexuels avec des jeunes femmes mineures.
Ce qui est sorti jusque-là et que l’actuel Président relaie
abondamment depuis des années c’est l’implication des Clinton et au-delà de ce
que lui et ses sbires appellent l’Etat Profond, lequel ne passe évidemment pas
par lui.
Sauf qu’à l’approche des élections de mi-mandat voilà que notre
matamore se retrouve pressé par sa base de tenir sa promesse, et que
fuitent dans certains mails du défunt quelques indiscrétions. Qualifié de « chien
qui n’aboie pas », Trump aurait longtemps protégé Guylaine Maxwell.
Soudain alléchés par ces apéritifs, les démocrates font caisse de
résonnance aux influenceurs MAGA et forcent le taiseux à sortir finalement ce
qu’il entendait enterrer. Et on se retrouve avec des tas et des tas de dossiers
caviardés que le Ministère de la Justice a épurés sous une mer de plus de 3
millions de documents qui va littéralement engloutir nos rédactions. L’inondation
du marais, on y revient encore et toujours.
Mise sur le grill devant le Sénat, la Procureure Pam Bondi,
ancienne avocate de Trump, se transforme en virago et tape à bras raccourcis
dans le vide en parlant de migrants délinquants tandis qu’on la questionne sur
tout autre chose. Certains sénateurs sont du coup autorisés à consulter les emails
non censurés et ils ressortent de là avec des sacs de vomis remplis à ras bord.
« C’est bien pire qu’on ne le pense », avouera un sénateur républicain
que Trump jettera en pâture quelques heures plus tard sur Truth Social.
On savait déjà que Steve Banon avait fait plusieurs sauts de puce
dans la propriété newyorkaise de Jeffrey Epstein qu’il conseillait assidument, et
là, le couperet se rapproche dangereusement. Ceux qui jusque-là tenaient le
tuyau du narratif connaissent ce qui s’appelle des fuites.
Soudain un média en ligne de gauche finit au bout de deux ou trois
semaines où les dossiers Epstein tiennent le haut du pavé par lâcher la bombe
tant redoutée. Une jeune femme âgée à l’époque de 14 ans aurait été reçue huit
fois dans les locaux du FBI où elle aurait certifié avoir été violée chez
Epstein par Donald Trump. Et le dossier en question aurait disparu sur ordre de
l’actuel patron du FBI, un proche de l’actuel Président des USA.
La brève de cet obscur média reste en suspens quelques jours
avant d’être finalement reprise après enquête par certains de ses confrères
ayant ce qui s’appelle pignon sur rue. Le Washington Post et ses équivalents
commencent à relayer. Sauve qui peut ! L’innocent de Mar-a-Lago se fait soudain
plus discret avant de jurer ses grands dieux qu’il a les mains (ainsi que ses
autres membres) blanches.
Puis à nouveau d’inonder le marais en envoyant sans prévenir les
G.I par milliers aux frontières de l’Iran.
Où comment, on le constate, reprendre l’initiative et donc le
narratif, en changeant de sujet et en opérant un 360 degrés.
Médusés par la soudaineté de la décision du Bureau Ovale et par la
promptitude de sa mise en application, la gent médiatique, se réveillant effrayée
par la menace d’un conflit mondial pouvant embraser le globe, urine par pisse-copies
interposés dans le canal de l’urètre prévu à cet effet par les stratèges en
communication de celui qui vient une nouvelle fois de s’asseoir sur une de ses
promesses.
Sauf qu’un sujet chassant l’autre, pas plus l’éditorialiste de
métier que l’électeur ne font le lien. La guerre censée ne pas avoir lieu est
aujourd’hui censée ne durer que quatre semaines, et dans quatre semaines on
aura sûrement sorti du chapeau un nouveau sujet pour inonder les tuyaux.

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