Les nouveaux clergés identitaires.

 

Une des conséquences les plus répandues de cette lèpre moderniste qu’est la mondialisation est, outre la dilution des cultures en une sorte d’esperanto transfrontalier, la résurgence de la question identitaire, que ce soit en termes d’origines, de religions, de rattachements politiques, d’identités de genre et sexuelle ou que sais-je.

Tandis qu’on aplatit et qu’on aplanit sur fond de triomphe de l’individualisme la tradition et son corollaire le collectif, remonte comme un apparent contrepoison un antidote factice. Où que nous portions le regard, les individus, détachés de leurs racines, s’en recréent de nouvelles, parfois contre une histoire, la leur, qu’ils réécrivent sans l’avoir étudié autrement que sous un angle idéologique. Ce sont ces nationalistes postulant l’existence d’un Eden qui peut être une France où il faisait si bon vivre, et où les hommes, les femmes, les riches et les pauvres vivaient en harmonie. Ce sont tout autant ces adeptes de la posture victimaire rattachée à l’identité brandie à tout bout de champ : ultra-féministes radicalisées dénonçant un patriarcat fictif dans le sens où elles le définissent, homosexuels n’ayant jamais connu qu’une société faisant bien plus que les tolérer qui dans un simple regard hostile lisent les germes de l’homophobie, racisés censés avoir été esclavagisés par un occident qui n’a rien fait que leur ouvrir ses frontières, à eux qui n’ont fort heureusement pas vécu avant l’abolition de l’esclavage, et qui définissant tout sur le seul critère racial tombent à pieds joints dans le racisme …

Qu’il soit de gauche, de droite, laïc, catholique, musulman, juif, homosexuel, transgenre, masculiniste ou ultra-féministe, l’individu identitaire n’en finit pas de se déconstruire puis de se reconstruire. Être fluide car non fini, il est comme un adolescent au visage recouvert de boutons d’acné. Sa question identitaire a des velléités universelles, en l’occurrence guerrières car transposant un conflit intérieur, celui d’un être ne sachant plus trop comment se définir, sur autrui.

Ce monde qui est le nôtre, ils entendent non pas l’apprivoiser mais se l’approprier en nous en confisquant les clefs. Nous sommant de prendre partie pour ou contre eux et leurs ennemis intérieurs, ils positionnent leurs conflits au centre de l’attention, sous l’objectif des caméras, dans les fils d’actualité de nos réseaux sociaux comme dans le cœur des ouvrages dont ils nous abreuvent. Envahissantes, leurs identités qui entendent faire entendre raison à autrui se perdent dans un brouhaha et s’annulent avec celles du camp d’en face. Adeptes des révolutions nationales, religieuses, sémantiques, culturelles, sociales et économiques, philosophiques et artistiques, ils n’ont de cesse de monter des comités de salut public, de réclamer des têtes et de dresser des guillotines.

Leurs dogmes s’appuient sur leur inculture, laquelle les renforce. Elevés dans des sectes politiques, idéologiques ou religieuses, nos identitaires patologiques adoptent des discours martiaux, pratiquent l’exclusion et l’excommunication, enfin segmentent ce qui les entoure selon une définition de la pureté et de l’impureté on ne peut plus contestable.

A la fois brique et ciment du communautarisme, l’identité posée comme alpha et oméga est un totalitarisme qui non seulement s’ignore en ce sens qu’il conditionne la réalisation de soi à la limitation de la liberté de l’autre mais s’intègre parfaitement dans la mondialisation envers laquelle elle sert d’idiot utile. Participant par son révisionnisme à la disparition des cultures au profit d’un gloubi-boulga ego centré, elle désigne dans le peuple des cibles et entend les placer en camp de rééducation.

S’étant ainsi déconstruit puis reconstruit sur une base idéologique, que cette idéologie soit d’essence politique ou religieuse, cet adolescent attardé qu’est le moine de l’identitaire nie l’identité de l’être en la limitant à la racine : celui-ci devient membre d’une citadelle assiégée qui s’inscrit en guerre avec d’autres et qui ainsi comme on disait dans l’ancien régime « rentre dans les ordres ». On peut ainsi les concernant parler de nouveaux clergés protéiformes prêts à lancer contre nous autres croisades et inquisitions.

Nous autres qui à partir de nos identités avons choisi de ne point segmenter celles-ci pour mieux les laisser éclore en toute liberté.





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