Municipales à Paris : comment expliquer l'échec de Rachida Dati.


50,5% contre 41,5% soient 9 points d’écart entre le successeur d’Anne Hidalgo et celle qui espérait mettre fin à 25 ans de règne de la gauche sous pavillon socialiste à la Mairie de Paris.

On ne peut, qu’on s’en satisfasse ou qu’on le déplore, que constater l’échec cinglant de l’ancienne Ministre de la Culture, et avec elle de l’actuel Chef de l’Etat, qui avait fait de la prise de l’Hôtel de Ville de la capitale une affaire personnelle. Ce fut d’ailleurs l’objet d’un deal avec la candidate malheureuse lorsque celle-ci accepta de rejoindre en janvier 2024 le gouvernement de Gabriel Attal : que Renaissance ne lui mette pas cette fois-ci dans les pattes une quelconque Agnès Buzyn et soutienne à la loyale celle qui au Conseil de Paris s’est fait connaître pour incarner l’opposition la plus pugnace envers Anne Hidalgo et sa politique.

La lecture conjointe de Rachida Dati et d’Emmanuel Macron fut, on le voit, politique. Hidalgo ne se représentant pas et étant remplacée par un ancien premier adjoint peu connu, autant mettre en exergue celle que les français ont dans leur ensemble adoptée depuis les tous premiers mois du quinquennat Sarkozy, cette maire du riche VIIème arrondissement abonnée en son temps aux couvertures de Voici, Gala et Closer, une orfèvre en punchlines qui réveille les morts sur n’importe quel plateau de télévision que l’on aura au préalable rendue proche des milieux culturels parisiens censés influencer en sous-main une certaine opinion dite « de gauche ».

Animal politique aguerri en même temps que bête de scène, Rachida Dati adhéra à cette lecture ô combien classique de ce qui s’appelle marketing politique : on prend un bon produit et on lui fait méthodiquement cocher toutes les bonnes cases sans saturer le terrain.

Avec ses équipes, elle releva sans difficultés les très nombreux échecs des deux mandats de la maire sortante : accroissement spectaculaire de la gentrification, désertion des classes populaires, explosion de l’insécurité, faillite de la gestion de la propreté, invasion des rats, colline du Crack, campements sauvages de migrants vers Stalingrad, circulation et travaux gérés par Ubu Roi, Saccage Paris, enfin surendettement municipal.

Les sujets de discorde, à Paris, il n’y a qu’à se baisser pour en trouver. La rente de situation dont a hérité Anne Hidalgo de Bertrand Delanoë, elle l’a purement et simplement mise en pièces, ce que son opposante préférée la taclant avec cruauté depuis des années sait mieux que quiconque.
Ça c’est la lecture politique. Or dans cette bataille de Paris celle-ci, on le voit, a à peine joué.

Deux facteurs expliquent cet écart de 9 points que politique comme arithmétique n’avaient ni l’une ni l’autre prévus.

Un facteur personnel tout d’abord.

Un facteur sociologique ensuite.

Les résultats du premier tour nous donnèrent plusieurs signes que sur l’instant l’addition des trois listes classées à droite, au centre et à la droite de la droite ont masqué : dans le 6ème, le 9ème, le 14ème et le 17ème arrondissement, la liste d’arrondissement de droite dépassait de plusieurs points la liste de leur propre tête de liste, indiquant en filigrane qu’il y avait bel et bien un problème avec celle-ci.

La fusion de la liste Bournazel avec en paquet cadeau le retrait de ce dernier réenfonça le même clou, et fit dire à Emmanuel Grégoire qu’il était persuadé que de nombreux électeurs Renaissance passeraient outre le diktat d’Edouard Philippe, lequel, on l’avait bien compris, avait tordu le bras à son lieutenant dès le soir du premier tour.

Dans cet électorat, Rachida Dati c’est à la fois la droite bling-bling sarkozyste et la parachutée d’un Chef de l’Etat en bout de course. Autant dire, même si factuellement elle fut on ne peut plus présente et offensive en tant qu’opposante et que ses thématiques de campagne percutaient : une parachutée et une greffe peu adaptée, entachée qui plus est de soupçons de corruption auxquels la ville Lumière ne saurait se mêler.

A la vedette des magazines people Paris rétorque : il n’y a qu’une star ici, c’est moi.

Il y a donc concernant Rachida Dati une inadéquation en termes d’incarnation avec une majorité de parisiens, y compris dans des arrondissements où sa ligne prédomine. Dans le 9ème, la maire d’arrondissement de droite rempile avec 57,8% alors que sa tête de liste échoue avec 42,6% (contre 52,6% pour Grégoire).

Avec 15 points d’écart pour exactement la même ligne, on peut parler de rejet personnel.

La dimension sociologique du scrutin parisien achève l’esquisse. Les échecs réels de l’équipe Hidalgo à laquelle appartenait le vainqueur ont être criants, ils ne sont pas vécus de la même façon selon son appartenance à telle ou telle catégorie de la population de la capitale.

Si l’on vit dans le centre, vers les Buttes Chaumont ou non loin du Bataclan en bénéficiant d’une situation professionnelle à peu près satisfaisante sans forcément rouler sur l’or, que l’on utilise de jour sa trottinette électrique et le soir un Uber, qu’on ne fait guère que traverser Barbès une fois tous les trois mois, qu’on ne sort la nuit qu’accompagné, qu’on apprécie de voir Place de l’Hôtel de Ville d’immenses calicots pour vanter les charmes des cultures étrangères ou pour dénoncer des prisonniers politiques en Iran, qu’on habite des quartiers touristiques où la propreté laisse moins à désirer que dans d’autres, qu’on ne fréquente guère les nouveaux entrants des HLM de Paris Habitat ou qu’en tant que jeune couple propriétaire on se satisfait de pouvoir à toute heure se faire livrer un repas par coursier tout en mettant son bien en location sur AirBnB pendant ses congés, on reste en effet assez éloigné des conséquences pratiques des failles béantes de la gestion municipale sous pavillon socialiste.

Celle-ci, adaptée au quotidien du gros de cette clientèle que de manière quelque peu caricaturale on limite aux bobos aux poches bien remplies, leur correspond en ce sens qu’elle répond tant à leurs problématiques quotidiennes qu’à leurs valeurs, dans l’affichage tout du moins. Pour ces électeurs de gauche, de centre gauche voire de centre droit, rejoindre les 14 000 parisiens quittant chaque année depuis 2017 la capitale ne leur traverserait pas l’esprit pour la simple raison qu’ils s’y sentent bien.

Et s’ils s’y sentent bien, alors pourquoi changer d’équipe ?

C’est cette double équation toute simple, qu’on appelle le ressenti, qui explique l’échec de Rachida Dati.







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