Alexandre Douguine, le Raspoutine de Poutine ?
Il est
celui dont on ne parle quasiment jamais, celui dont les principaux ouvrages
sont étudiés dans les écoles préparant à l’entrée dans l’armée russe, celui que
d’aucuns, bien informés, qualifient de Raspoutine
de Poutine.
Ami
personnel d’Henry Kissinger, ennemi déclaré dans les années quatre-vingt-dix du
régime de Boris Eltsine qu’il qualifiait de pro-occidental, fondateur du Parti
National Bolchevique en 1993 puis du parti Eurasia en 2001, nostalgique comme
l’actuel chef du Kremlin de la grandeur de l’URSS, Alexandre Douguine a
théorisé la matrice idéologique de ce qu’on appelle en bon français du
racialisme. A savoir la supériorité de
la race slave sur toutes les autres, selon le modèle d’un certain Adolph
Hitler notamment, dont l’idéologie de cet ultra-orthodoxe anciennement
conseiller du Président de la Douma épouse scrupuleusement les thèses tout en
avouant sans détour sa fascination pour le régime du IIIème Reich.
Qui dit
peuple supérieur dit nécessité d’agrandir le territoire, donc d’annexer la
Crimée, d’envahir l’Ukraine, de reprendre une à une les forteresses du bloc
soviétique passées à l’occident, enfin de prendre
progressivement le lead en Europe et de se rapprocher de l’Asie.
Le
concept d’Eurasie c’est ça, et ce concept vient de lui. A la suprématie maritime
du bloc atlantiste, Douguine oppose celle de la terre dont la Russie serait le cœur
nucléaire et le reste des deux continents l’équivalent des pays de l’ex URSS
rattachés au Parti unique basé à Moscou.
Douguine
représente donc la tendance la plus dure du régime actuel de Moscou, dont
Vladimir Poutine, aussi surprenant que cela puisse paraître incarne une
tendance modérée. Il suffit, pour se convaincre sur ce dernier point, de se
brancher sur certaines chaînes et émissions de la télévision russe.
Pour
savoir ce que pense Douguine, il convient simplement de le lire et de l’écouter.
Au sujet de l’indépendance de l’Ukraine, il s’y opposait fermement dès 1997 dans
Fondamentaux de géopolitique. Dès
2008 il appelait à l’annexion de la Crimée. En 2014, en pleine guerre dans le
Dombass, il distinguait les vrais ukrainiens russophiles des autres qu’il faut « tuer, tuer et tuer ».
« La souveraineté de
l'Ukraine représente un grave danger pour l'ensemble de l'Eurasie et qu'il est
impératif d'exercer un contrôle militaire et politique total sur la mer Noire en faisant
de l'Ukraine une simple région administrative au sein de l'État russe », déclarait-il
en 2022.
Il fut
le théoricien de cette cinquième colonne
qui en occident s’est sous son égide rassemblée. Pour prendre le contrôle de
l’Europe, il suffit d’arroser les mécontentements de quelque bord qu’ils
proviennent tout en feignant de les soutenir et de mettre en lumière les
influenceurs reprenant tout ou partie du narratif voulu.
Il théorisa
dès 1993 la nécessité d’une alliance entre les rouges (communistes)
et les bruns (les fascistes) avec
pour ennemis le capitalisme et le libéralisme occidental sous toutes leurs
formes, y compris bien évidemment en jouant sur la dimension civilisationnelle et
religieuse (l’actuelle « guerre
de civilisation » entre une Fédération de Russie orthodoxe supposément
pure et un occident décadent voué aux dérives des LGBT). Aux racines de la pensée
de Douguine on trouve en effet de l’ésotérisme, une forme de mysticisme basé
sur un culte envers la tradition, enfin cette idée selon laquelle Moscou serait
« la troisième Rome ».
Dans Fondamentaux de géopolitique (1997) qui
eut en Russie un énorme retentissement, il recommandait de « faire en sorte d'introduire du désordre
géopolitique dans les activités intérieures des États-Unis
(et de l’occident en général), en
encourageant toute forme de conflit ethnique et racial, en soutenant les
mouvements dissidents, extrémistes, racistes et sectaires afin de déstabiliser
le pays ».
Ce qui inclut également les luttes sociales fragilisant
les pouvoirs en place, donc l’extrême gauche.
Ce
furent RT France et Sputnik donnant incessamment la parole à Marine Le Pen,
Florian Philipot ou François Asselineau, le soutien en trompe-l’œil au
mouvement des gilets jaunes, la mise en avant y compris en les faisant venir en
Russie d’Alain Soral, des dirigeants de Géopolitique Profonde, de Francis
Lalanne, de Richard Boutry et de tous les bergers de moutons noirs inclus dans
la case complotistes d’extrême droite. Lesquels, il suffit de les écouter,
importent sans qu’on les y ait forcés toutes les thèses du Kremlin à demeure
dans la langue de Molière.
A cela
s’ajoutèrent la mise en lumière des préfaces payées des fortunes à l’homme
d’affaires Xavier Moreau, lequel travaille exclusivement sur place avec des
proches du Kremlin, la cascade de fake news colportées par les fermes à trolls
russes basées à Saint Pétersbourg et à Moscou (Jean-Michel Trogneux ,,,), ainsi
que ce concept clef à l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence
artificielle de « vérité
alternative ». Car quand on ne sait plus distinguer le vrai du faux,
on peut alors imposer un narratif dans les esprits répondant à une propagande
d’état basée sur une idéologie
extrémiste assise sur une lecture du
monde ultra religieuse et racialiste.
Evidemment
on fait tout au Kremlin pour minimiser l’influence grandissante de la matrice
idéologique construite par Alexandre Douguine au sein d’un régime où plusieurs
ministres ont pourtant adhéré au parti Eurasia. A écouter certains pontes, il
ne serait qu’un intellectuel marginal qu’on invite pour participer à des
cercles de réflexion. Pourtant dès 2001 Poutine en personne déclarait que la
Russie était un pays eurasien.
Poutine,
on s’en souvient, connut à ses débuts une sorte de fascination envers certains
dirigeants du bloc occidental dont il parvint quelque temps à se rapprocher
avant, face à ce qu’à l’époque il prit pour du mépris, de s’en éloigner. En
coulisses, Douguine l’idéologue excitait la bête et la conduisait à se méfier.
Sa ligne, aujourd’hui, prédomine d’autant mieux que le Raspoutine de l’époque demeure prudemment caché dans les coulisses.
Et c’est
là qu’une lecture critique de la biographie cachée de l’actuel dirigeant de la
Fédération de Russie, à la tête d’un empire qu’on pourrait qualifier selon l’idéologue
d’Eurasia de IVème Reich, fait de l’historiographie construite par des années
de propagande une blague. Quand, comme dans le chef d’œuvre éponyme d’Andrzej
Wajda, on fait tomber de son socle la statue de l’homme de marbre, on se
retrouve avec un nabot.
On
l’apprit en 2023. Deux oligarques proches du Kremlin furent surpris lors d’une
conversation téléphonique où tous deux, éméchés à la vodka, conversaient depuis
des pays étrangers sans deviner une seconde qu’ils étaient placés sur écoutes.
Ces proches de Vladimir Poutine nous en apprirent de bonnes, non sans avoir au
préalable couvert d’injures le « tsar » qu’ils décrivaient comme un
nabot émasculé et hypocondriaque dont le profil de judoka chassant le loup blanc
dans les steppes chaque hiver était une pure construction de la propagande du
Kremlin. A Moscou, ricanaient-ils, Poutine n’a aucun pouvoir, c’est un pantin à
qui on souffle ses répliques et qui lit sur prompteur. Poutine, à les écouter,
c’est un froussard qui craint de se faire assassiner tous les jours, fait
goûter ses plats et refuse de prendre le moindre avion de peur que celui-ci ne
se fasse abattre.
Un des
anciens collègues du KGB, Alexandre Litvinenko, assassiné par empoisonnement en
2006, avait en 2004 sorti en Grande Bretagne une bombe à retardement au travers
d’un ouvrage fort bien documenté. Un ouvrage gorgé de révélations chocs qui lui
coûta la vie.
Né d’une
mère géorgienne, Poutine, ancienne petite frappe dans son adolescence à Saint
Pétersbourg, n’est même pas russe. Les quelques journalistes qui localement avaient
révélé la supercherie se sont tous faits assassiner par la police secrète. La
supposée maman du chef du Kremlin est donc une actrice. Cerise sur le gâteau,
Poutine, dans ses années au KGB où il s’était spécialisé sur ce qu’on appelle
le « kompromat », s’était fait serrer par sa hiérarchie avec un lourd
dossier l’accusant d’avoir commis des actes pédophiles, ce qui fut sur le
moment étouffé mais eut pour conséquence que sa carrière connut pendant
plusieurs années un cran d’arrêt.
Avec ce
dossier sous le coude, quoi de plus simple pour en faire un obligé ?
Poutine
fut donc engagé en 1999 par des fondés de pouvoir de la City depuis un lieu
tenu secret proche de l’Espagne, mis dans les pattes de Boris Eltsine, désigné
premier ministre six mois d’affilée avant de prendre le sceptre suprême sitôt
le buveur de vodka démissionné. Il sera décoré en 2004 par la City et jamais
cette décoration suprême ne lui fut depuis reprise.
Voilà
donc le régime et le dirigeant devant lesquels nos patriotes en carton
s’aplatissent tout en se réclamant du Général de Gaulle. Lequel de Gaulle, sauf
à ce qu’on me contredise, ne prenait pas à l’époque sa feuille de route ou ses
argumentaires dans les instances du Parti communiste bolchevique.

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