Comment Jean-Luc Mélenchon et LFI se sont radicalisés depuis 2018.

 

La scène a lieu le 28 mars 2018, lors de la marche en l’honneur de Mireille Knoll, odieusement assassinée chez elle à l’âge de 80 ans. La veille, l’organisateur, Francis Kalifat, alors Président du CRIF, avait demandé à ce que ni le Rassemblement National ni La France Insoumise (pour ces derniers, contre l’avis du fils de la défunte) ne soient présents. Une manière de délégitimer LFI à défendre la cause de la communauté juive française et de renvoyer à égalité Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Le second sera accueilli sous les quolibets et exfiltré dans un énorme brouhaha. Après avoir sur place tenté de minimiser l’incident en l’attribuant à la LDJ, il sortira les couteaux une semaine plus tard, accusant cette fois le CRIF et son Président de déchirer le pacte républicain et de créer un appel d’air communautariste dans le pays.

Jusqu’à ces accusations on pouvait difficilement trouver dans les propos et les prises de position du Leader des Insoumis quelque élément à mettre à sa décharge envers la communauté juive française. Son éviction, violente pour ne pas dire injuste, va créer le premier germe de ce qui plus tard deviendra sa radicalisation.

Second épisode lors de la perquisition du siège de LFI. Toute la France à l’automne 2018 surprendra les images d’un Mélenchon déchainé, cerclé d’une écharpe tricolore, défoncer la porte sous scellés de ses locaux, insulter un agent des forces de l’ordre puis vociférer « la république c’est moi ».

Le masque de respectabilité a été transpercé définitivement. Adieu le JLM apaisé de sa brillante campagne 2017, bonjour le retour du bruit et de la fureur sur fond de méthodes de petite racaille. On n’avait en France jamais vu cela, un député de premier plan, ancien candidat à la présidentielle, s’affranchir de cette manière des lois les plus élémentaires.


Le résultat ne se fera pas attendre : la chute dans les sondages. Une chute vertigineuse. Qui touche le chef en plein cœur : qui donnerait les clefs de la nation à pareil excité ?

Dernier épisode précédant et expliquant le Mélenchon d’après, celui que nous supportons depuis : son accueil houleux au sein du mouvement des gilets jaunes, lesquels le rejetteront de manière épidermique. Mélenchon, ces travailleurs modestes, à leur compte pour beaucoup, ils savent qu’il ne les comprend pas et les connait encore moins. Mélenchon à leurs yeux c’est le candidat des fonctionnaires, des profs de l’éducation nationale et des salariés en bas de l’échelle. C’est la vieille gauche, celle qui veut faire peuple sans l’avoir jamais fréquenté de près. C’est ce dont ils ont envie de se débarrasser, mettant dans la même benne à ordures Macron et Mélenchon


La greffe échouera. Nous sommes dans le premier semestre 2019. Mélenchon est face à un mur : son image est en loques, et son positionnement en faveur de ceux qui souffrent sur le plan social est discrédité par la base.

Tout est donc à refaire. Ça sera la note laissée par Pascal Boniface au Parti Socialiste quelques années plus tôt, où l’auteur conseilla par pur électoralisme de s’arrimer aux très nombreux musulmans de France quitte à laisser filer la bien moins nombreuse communauté juive de France.

5 millions de voix contre 500 000 : le calcul, pour cynique qu’il soit, est vite fait. Mélenchon ayant constaté que sa base (je ne parle pas des militants mais bien de ce qu’on appelle « le petit peuple », ceux qui par centaines de milliers défilèrent neuf mois durant dans nos rues) l’avait abandonné et que les juifs, associés d’après son expérience de mars 2018 à une communauté organisée contre lui, ne voulaient plus de lui, ce sera les banlieues, les musulmans, donc l’islam y compris dans ses ramifications les plus extrêmes, et au-delà, les immigrés et enfants d’immigrés. Ce qu’en 2022 il appelait la « créolisation » et qu’il a rebaptisé « Nouvelle France ».

Sa nouvelle France, disons-le, est aussi excluante que celle du RN et de Reconquête. Elle prend le pays actuel, coupe la tête de tous ses riches, met un bracelet électronique aux patrons de PME, puis met à la poubelle paysans et France périphérique pour ne conserver que les banlieues et certaines grandes agglomérations au sein desquelles elle procède à une distribution de bons points selon le degré de racialisation.

Une France, on le voit, redessinée aux contours d’un et un seul objectif : le destin du chef, plus précisément sa fin de carrière, pour laquelle il postule un face-à-face perdant au second tour contre le candidat du RN (Mélenchon, qui est fin analyste, sait bien qu’il n’a aucune chance du fait des votants âgés pour lesquels il est un authentique repoussoir) puis une place de premier opposant du premier quinquennat RN.

Un truc bien grandiloquent pour fêter l’heure de toutes les revanches. Quitte au passage à fracturer la France, à bousiller volontairement ses alliés de gauche, à exclure de LFI quiconque rechigne sur pareille ligne, évidemment à multiplier les clins d’yeux aux musulmans en tapant à bras raccourcis sur les juifs non sans prendre exemple sur ce que fit à l’époque un certain Jean-Marie Le Pen et qui se révéla électoralement payant.

Enfin, histoire de définitivement enterrer ce PS qui sous la direction de François Hollande passa dix ans à l’humilier, d’envoyer le parti de François Mitterrand au cimetière des éléphants.

Le départ début 2023 de son ami Adrien Quatennens (numéro deux de LFI de 2019 à 2022 et élément régulateur et respecté de Mélenchon), victime d’une instrumentalisation conjointe entre son ex épouse afin d’obtenir gain de cause dans une affaire de divorce (la fameuse gifle qu’on ressort un an après les faits et qui fait basculer un destin) et certains membres de la direction de LFI voulant exclure le chouchou du chef, achèvera d’isoler le Robespierre de l’ultra gauche. Dans les instances de LFI il n’y a plus que des Yes man, des harpies et des médiocres. Les meilleurs sont partis, ils ont été chassés, ils ont claqué la porte ou se tiennent à distance, nous laissant seuls, nous, français, avec une bande d’excités éructant dans les travées du Palais Bourbon et dans les micros.

Dans sa version actuelle, telle une forteresse retranchée hurlant à la victimisation permanente tout en faisant du pays une quotidienne zizanie, LFI est devenue une secte à son Leader Maximo dévouée, ouvrant les portes de l’assemblée nationale à des associations islamistes, appuyant à fond sur le champignon de la cause palestinienne sans jamais avoir songé mettre un pied à Gaza histoire de se rendre utile et transformant la moindre tribune en dégueuloir à outrances.

Comparativement, le RN de Le Pen et Bardella fait plutôt bon effet. Ils n’éructent guère, ne sont pas débraillés, n’appellent pas tous les quatre matins au blocage et à l’insurrection, ils ne hurlent pas « la police tue » sitôt qu’on entraperçoit l’ombre d’un képi. Si la stratégie de la cravate a réussi à ancrer dans la tête des braves gens que ces messieurs dames du RN avaient l’air de gens convenables à qui on pourrait filer le trousseau de clefs, celle de Jean-Luc Mélenchon a au contraire réussi à créer de toute pièce un épouvantail à moineaux de rechange.

Nul doute que le tribun hors-pair qu’a toujours été Mélenchon parviendra lors de la prochaine campagne à rassembler sur son nom des millions de voix, qui sait à dépasser faute de concurrents solides son score exceptionnellement élevé de 2022. Mais à quel prix ?





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