Jim le veilleur : le gourou Wish des complotistes.
On
le sait de la bouche de l’intéressé, celui qui sur les réseaux sociaux se fait
appeler Jim le veilleur ou Le veilleur non silencieux fut, après une scolarité
désastreuse dans un établissement de l’éducation nationale à Saint Ouen, ce qui
s’appelle un petit musicien de la Côte d’Azur, animant avec d’autres des
soirées dansantes dans des bars, des halls d’hôtels et des bals musettes
pendant des années.
Un
chanteur pour les bals du 14 juillet, en d’autres termes.
De
ces compositions musicales dont il se flatte on ne retrouve trace que d’une et
d’une seule, un générique d’ambiance tout à fait banal composé pour FR3 il y a
de cela une vingtaine d’années. Ce qui fait peu pour quelqu’un qui se revendique
auteur compositeur.
Jim,
dans ces années-là, c’est un chanteur guitariste qui joue parfois au piano, tel
qu’on en connait par milliers, et qui lorsqu’il manage des musiciens se
conduira de son propre aveu comme un authentique autocrate à leur égard, ce qui
aura pour effet que tous le lâcheront un à un.
Dans
ces années passées sur la Côte d’Azur, Jim trainait parfois avec des proches d’un
certain Joseph Di Mambo, le fondateur de la secte du Temple de l’Ordre Solaire
qui vivait dans le coin, dont il reproduit depuis des années les techniques de
manipulation.
Ne
parvenant pas à grand-chose, Jim le cossard a fait ce que beaucoup de médiocres
ont fait : il s’exporte dans un pays où briller autour de blancs dans son
style n’est pas difficile. Ce sera le Maroc et Marrakech, dans le quartier blanc
du Gueliz plus précisément, là où les seuls marocains de souche qu’on croise
font le service.
De
là, il reprend son filon de chanteur musicien et se fait embaucher dans un
hôtel touristique. Au piano, tandis que ça avale un bon couscous et que ça
sirote un thé à la menthe, Jim aligne les tubes de Cabrel, Bruel et Supertramp.
Musique d’ambiance. Quand Jim ouvre son micro, les gens attablés parlent
par-dessus. Dans certains restaurants on met MTV ou la radio, dans celui-ci on
a mis l’équivalent du personnage interprété par Patrick Dewaere dans Beau-père.
En
d’autres termes, personne ne fait attention à lui. Il cachetonne, il encaisse
son salaire, et il peut du coup fréquenter certains établissements du quartier
avec sa très jeune épouse philippine, puis s’enfermer dans l’appartement qu’il
loue face à son ordinateur où il vit sa vraie vie.
Depuis
Marrakech le complexé Jim le veilleur a entamé une nouvelle démarche. Il a
monté une chaine sur YouTube, « le veilleur non silencieux » depuis
laquelle il dispense ce qu’il pense être des enseignements en spiritualité,
ceux d’Alice Bailey dont il a dévoré les ouvrages. Alice Bailey est ce qui s’appelle
une gourelle théosophe qui parle de voyages astraux et d’êtres ascensionnés.
L’ésotérisme,
Jim l’a observé avec les proches de Joseph Di Mambo, pour se faire un public
captif, l’accroche est on ne peut plus séduisante.
Jim,
qui ne lit jamais, prend tout Bailey au premier degré. Il a l’impression de
comprendre enfin ce monde qui le rejette et surtout d’avoir entrevu la clef qui
peut faire de lui quelqu’un. La voie de ce qui deviendra plus tard sa secte est
née.
Depuis
sa chaine YouTube où une spiritualité frelatée fait office de porte d’entrée,
le timide vidéaste élargit petit à petit sa palette : il parle santé, actualité,
géopolitique, puis lentement, enfermé dans un couloir narratif, relaie
tout ce qu’il lit sur le site Egalité et Réconciliation. Soral et Dieudonné, pour
lui l’éternel rejeté que les clients de l’hôtel touristique du coin n’écoutent
même pas d’une oreille distraite, deviennent ses modèles.
Jim
petit à petit se réinvente en résistant depuis sa chambre du Gueliz. Le nombre
des abonnés grimpe et avec lui des commentaires enfin élogieux. On l’écoute, on
lui accorde de l’importance. Enfin ! Il lui aura fallu trente ans pour y
arriver.
Dans
les dix premières années de Jim l’expatrié, les prémisses de ce que l’intéressé
vivra comme une revanche sur ses années d’échec auront lieu dans l’espace
virtuel. Un espace virtuel qui, nous le verrons, va petit à petit tout avaler.
Tout
va vraiment commencer en 2018 avec une rencontre déterminante qui va tout
changer. Franco algérien, Karim Benabdelkader vient de s’installer à Marrakech.
Ancien entrepreneur sous le coup par la justice d’une interdiction pendant quinze
ans de gérer la moindre affaire en France, Karim tente de relancer un jeton
numérique, le Zynecoin, qu’il aura en vain essayé de refourguer à la communauté
maghrébine française. Celle-ci lui ayant claqué la porte au nez, il lui faut changer
sa cible.
Et
pourquoi pas la communauté de Jim, lui soufflera un certain Ismaël Grandet, à l’époque
Conseiller du Roi Mohamed VI ? Ceux qui sur YouTube suivent Jim, ce sont
essentiellement des blancs qui tout en adhérant aux Protocoles des Sages de
Sion bouffent de la fake news à tire larigot. Leur faire passer un shitcoin
pour le nouvel Ethereum censé affranchir l’Afrique, quoi de plus simple si l’on
propose au complexé Jim le veilleur 12,5% sur les ventes réalisées ?
Notre
Jim, prenant tout au premier degré, y verra immédiatement son intérêt. A
compter de 2019, sa chaine devient progressivement une boutique en ligne et lui
une Nabilla des arnaques numériques.
Attiré
par son Dieu camerounais pour recevoir en France une Quenelle, Jim ne verra pas
que le roué Dieudonné est en train de leur faire un enfant dans le dos, dépêchant
en coulisses son fils Merlin pour pomper le Zynecoin en sous-main. Ce sera le
Sestrel. En attendant, fier comme un paon, Jim interviewe le sulfureux comique
dans sa loge, sa quenelle posée sur ses genoux, qu’il astique sans s’en rendre
compte tandis que la caméra tourne.
Avec
les ventes de Zynecoin le compte en banque de Jim s’affole. Alors que le COVID
a tout fermé et mis au Maroc sur la paille tous les artistes dans son genre, lui
a échappé au carnage et commence à se faire des couilles en or. Ce qui se
traduira par un total changement de comportement face caméra. Le timide vidéaste
s’est transformé en grande gueule éructant et clashant quiconque le contredit.
Etouffé par quarante ans d’échecs non-stop, le dorénavant blindé Jim se lâche,
et avec lui la langue qu’il avait glissée dans sa poche. Sa parole,
décomplexée, révèle ce qui se cachait sous le masque : antisémite,
homophobe, sexiste, masculiniste, la totale. Tandis que Jim devient bling
bling, les dépôts de plainte s’additionnent de l’autre côté de la Méditerranée.
L’influenceuse réactionnaire a lâché les amarres.
La
diversification des produits de la firme d’Abdelkader ne lui permettant pas de
conserver pareils niveaux de gains, Jim diversifie sa boutique en ligne. Il lui
faut, il le dira face caméra, ses 7000 euros mensuels, sa communauté de
suiveurs moutons est là pour ça. Ce seront en 2021, 2022 et 2023 une bonne
vingtaine de ponzis, puis des appels aux dons sans aucune demande de devis afin
de monter coup sur coup deux projets de réseaux sociaux qui l’un puis l’autre
échoueront, sauf à enrichir leurs développeurs en carton.
Concerné
au premier chef, Jim, prudemment, n’y a pas mis un rond.
Ayant
épuisé le filon du conseiller financier qui vous fait 10 fois sur 10 perdre
votre argent, Jim doit remplir le robinet par quelque chose de nouveau. Ce sera,
après les shitcoins, les ponzis et les réseaux sociaux fantômes permettant de d’acheter
cash une moto à 30 000 euros, la « médecine alternative », cette
tarte à la crème bien connue des gourous issus du New Age, le fond de sauce de
Jim.
Quand
tu as quinze années durant bourré le mou à vingt-mille boomers à qui tu fais
gober sans moufter des cascades de fake news et que tu t’es enrichi sur leur
dos à coups de commissions et de parrainages en te faisant passer pour un
sauveur de l’humanité, quoi de plus simple que de leur conseiller de mettre
leur carte de sécurité sociale à la poubelle et de t’acheter la demi-heure de
consultation par visio 53 € TTC ?
Depuis
2025 Jim le veilleur est devenu un canal de promotion de thérapies diverses et
variées à la Thierry Casasnovas.
Quelques
années auparavant, notre Jim, alors installé depuis peu au Maroc, avait de sa
poche payé une formation dans un centre holistique agréé par absolument personne
pour y suivre un samedi par mois sur trois ans des cours de soi-disant médecine
chinoise dispensés par des secrétaires médicales à la retraite. Au bout, un
diplôme A4, en l’occurrence un bout de papier délivré par ce centre slalomant
sur la naïveté de stagiaires en recherche de reconversion professionnelle.
Du
pain béni pour notre théosophe du web.
Lequel,
s’étant fait les dents sur la vente auprès de sa communauté de moutons de cures
de métabolisme en MLM censées vous faire maigrir de vingt kilos (une méthode
miracle que jamais il ne parvint à s’appliquer à lui-même), jouait de temps à autre
entre deux promotions de ponzis au médecin malgré lui. Après Lanceur d’Arlette,
Vendeur de cryptomonnaies bidons, pourquoi pas thérapeute en carton pratiquant
ce qui en bon français s’appelle de l’exercice illégal de la médecine ?
Car
disons-le simplement, le nouveau moyen d’abuser son prochain sous couvert de
soins et de thérapies express, notre Jim jamais n’oserait le faire sur le sol
français. A demeure, nul doute que le Conseil de l’ordre départemental des
Médecins le trainerait immédiatement en justice. Depuis le Maroc où il se croit
en roue libre, notre courageux éveilleur de conscience peut tout se permettre.
En
bon élève de Joseph Di Mambo et de l’Ordre du Temple Solaire, Jim a réussi
jusque-là son coup : isoler sa petite secte dans un vase-clos, piloter
leurs croyances et les faire régulièrement sous couvert d’affranchissement
cracher au bassinet. Rassemblés sur un réseau social, www.tchi.app, enfin opérationnel, le gourou des
bals musettes de la Côte d’Azur peut enfin croit-il, affranchi des lois
humaines, commettre tout ce qu’un demi-Dieu, hier complexé de ses échecs tant
amoureux que professionnels, a le droit de faire.
Jusqu’à
ce qu’un beau jour le réel le rattrape …

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