Le pouvoir destructeur du gourou.
Qu’est-ce qu’un gourou ? Un gourou
est un individu qui en conduit d’autres dans sa propre secte, c’est-à-dire dans
une bulle d’entre soi où l’on pense et on agit conformément aux injonctions d’un
et d’un seul, lequel a acquis non seulement un droit de regard mais le pouvoir
sur votre vie, votre entourage et vos biens matériels.
Tout gourou sait ceci : pour faire
fructifier sa petite secte il convient de pénétrer d’abord et avant tout les
consciences au travers des croyances : il y a eux, ceux qui ne sont pas
avec nous, qui forment un monde hostile et aveuglé, et puis il y a nous qui
avons trouvé la clef et qui devons nous protéger et nous isoler des précités.
La porte d’entrée du gourou
est donc à trouver dans la construction de croyances nouvelles qui vont devenir
le socle d’un cerveau nettoyé. Il s’agit d’abord et avant tout, comme le font
les recruteurs de l’Eglise de Scientologie, de reprogrammation mentale que l’on
va appliquer à un sujet fragilisé par l’existence. Aux affres d’une vie devenue
âpre et douloureuse le gourou apporte du réconfort et quelques filtres :
de quoi commencer à déculpabiliser et à respirer. Il s’agit d’apporter dans un
premier temps quelque chose auquel se raccrocher qui soulage la douleur, et qui
va avec le temps, par la répétition des doses, créer une forme d’addiction.
Cette reprogrammation
mentale, tout gourou s’applique à faire en sorte qu’elle procure à celui qu’il
manipule une forme de satisfaction immédiate. C’est à partir de là que le reste
découlera, ce plaisir, cette décontraction soudaine, ce sentiment d’avoir été
compris, entendu, distingué d’entre tous. Tu
n’es pas comme les autres, tu n’es pas comme eux. Prendre appui sur l’orgueil
blessé de l’oiseau tombé du nid permet de lui faire prendre conscience qu’il
existe un autre nid tout prêt à l’accueillir où ne vivent que des êtres comme
lui, qui le comprennent, qui l’écoutent et qui le nourrissent.
A ce moment-là l’être
lentement se dépossède de son libre-arbitre. Se coupant de lui-même avec son
entourage il pénètre cette nouvelle famille où le sourire est présent sur
toutes les lèvres dès qu’il apparait.
A mesure que la secte grandit,
le gourou se retranche derrière des rituels et des lieutenants. Avoir accès à lui,
le voir et l’entendre, deviennent des privilèges. Lui, avec le temps, apprend à
se faire rare et à se mettre moins en avant. Il demeure en coulisses, attentif
aux moindres bruissements, mais demeure intérieurement froid et concentré sur
ce pouvoir de demi-Dieu qui est le sien. Dépourvu d’empathie telle une araignée
au milieu de la toile, il attend que tombent les moucherons et organise pour
cela les flux énergétiques de la prison mentale qu’il aura construite.
Car dans sa secte, ce labyrinthe
dont il a dessiné les plans, tout ce qui est à toi est à lui. L’adepte qui
lentement se dépossède en sa faveur de tous ses biens, le moucheron, c’est lui.
Il sera demain remplacé par un nouveau, entrainé dans la toile par les insectes
recruteurs du gourou, lesquels sont les seuls autorisés à aller de temps à
autre au dehors, dans cet univers hostile que le Grand Maître prend pour un
garde-manger.
Revoyez l’immense hôtel
sous les tempêtes de neige dans Shining,
et souvenez-vous de la folie de Jack Torrance, son gardien hivernal qui comme
un possédé réécrivait depuis des semaines : « Un tien vaut mieux que deux tu l’auras ».
Une secte, c’est ça, c’est
très exactement ça, un univers mental qui est celui d’un fou et dont on ne peut
guère s’échapper tant autour la glace a tout bloqué. A part le petit Dany,
suffisamment mince pour parvenir à se glisser par l’entrebâillement de la fenêtre
de la salle de bains, nul être ne peut s’en échapper.
Car il a donné le trousseau
à celui qui allait petit à petit le dévorer.

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