Pétition contre la loi 0 – Loi Yadan 0.
On l’a vu, le match, pardon, les débats attendus n’ont
pas eu lieu, le gouvernement, assuré d’échouer, ayant préféré reporter à juin avec
une nouvelle mouture.
La veille, la pétition aux 700 000 signatures fut
classée sans suite.
Beaucoup de bruit pour rien ? Pas sûr !
On reprend la copie, on reporte, on déplace le problème vers le Sénat pour
juin.
« Déni de démocratie », avaient hurlé les
pétitionnaires la veille. A ce stade, je vous mange mon chapeau qu’une pétition
demandant l’abrogation de l’IVG ou du mariage gay, sans parler du rétablissement
de la peine de mort, en aurait rameuté davantage. L’ennui avec cette pétition
survendue par LFI et ses satellites, c’est qu’elle faisait dire à ce texte de
loi on le verra imparfait des choses qu’elle ne contenait point. A l’heure des
écrans tactiles, de la lecture en diagonale et des œillères idéologiques, trouver
700 000 citoyens pour apposer sa signature électronique en un clic à une
ânerie vaudrait aux yeux de certains démocratie.
Si la loi Yadan n’a pas passé le seuil des débats c’est
bien qu’au sein d’une assemblée où le gouvernement ne dispose d’aucune majorité
elle n’avait aucune chance d’être approuvée. Avec dans les rangées Mathilde Panot
et sa cohorte de surexcités, s’économiser deux jours de zizanie sur fonds d’invectives
en tous genres fait plutôt partie de l’hygiène et de réflexe de survie.
Si la loi Yadan ne contenait en l’état aucune disposition
contenant en tant que telle quelque interdiction que ce soit à critiquer la
politique de Netanyahou ou à défendre la cause palestinienne, elle soulevait de
vrais questions en matière d’application du droit dans nos juridictions, ce qu’un
de nos meilleurs experts en la matière, Marc Trevidic, magistrat anciennement
en charge de la lutte anti-terroriste, souleva.
Son interview deux jours avant les débats annulés
dans le quotidien L’Humanité parvint sans difficultés à faire ce que la plupart
des opposants à la loi avaient échoué à faire depuis des mois : circonscrire
avec précision le débat. On a parfois tendance à l’oublier quelque soit son
petit avis du moment, et je me mets évidemment dans la cible, une loi n’est pas
une thèse avec laquelle on peut se montrer plus ou moins en accord mais un
cadre législatif donnant lieu une fois votée à une application devant des
tribunaux. C’est donc un texte sur lequel peuvent s’appuyer des justiciables
pour porter des actions en justice et tout autant une nouvelle donnée en l’occurrence
juridique prise pour référence par ces professionnels que sont les magistrats.
Et si ceux-ci, par la bouche de Marc Trevidic notamment, nous font comprendre
non seulement qu’ils n’ont pas été en amont ne serait-ce que consultés mais qu’en
outre le projet de loi, quelles que soient ses intentions, conduit à une
situation de flou juridique pouvant conduire à de l’arbitraire et à des abus,
il convient par sagesse de reprendre sa copie.
On soupçonna Caroline Yadan d’à peu près tout et n’importe
quoi : de défendre la politique de Netanyahou, d’être pilotée par Israël,
de vouloir interdire la défense du peuple palestinien et de criminaliser les
mouvements de lutte en sa faveur. Tous ces procès d’intention ont beau relever
de la pire mauvaise foi, on ne peut que s’accorder avec Marc Trevidic sur certains
points cruciaux de son argumentaire. En effet le crime de terrorisme, comme il
l’indique avec justesse, constitue un des crimes les plus flous à définir en
droit. Également, la notion d’implicite, telle que contenue dans le projet de
loi, ne pouvait que rajouter du flou au flou et donc non seulement engorger les
tribunaux de plaintes farfelues mais conduire à l’arbitraire.
On le voit : ici l’intention des signataires
de la proposition de loi Yadan, fournir au pouvoir judiciaire de nouveaux
outils afin de lutter contre les nouvelles formes de l’antisémitisme, s’est
heurtée de plein fouet à la réalité qui est celle du droit. On peut donc, ce n’est
pas une découverte, parvenir avec une bonne intention à un résultat non pas
inverse mais différent de celui que l’on s’est assigné. En d’autres termes,
tout compliquer et ne rien solutionner.
Sauf à continuer à prendre notre pays pour une
arène et haranguer comme le fit Jean-Luc Mélenchon dans la foulée que « les amis de Benjamin Netanyahou sont
ridiculisés », on ne peut que tenter de reprendre nos esprits. Car le
problème de fond à l’origine du projet de loi mort-né, l’explosion des actes et
des violences antisémites sur le sol français, demeure. Quelle meilleure
réponse lui apporter ? Un projet de loi corrigé ? Un texte
gouvernemental ? L’application des lois existantes ?
Etant donné l’absence de prise en compte constatée
des voix de notre appareil judiciaire dans ce qui donna finalement lieu à un
recul avant débats, se poser la question de la pertinence d’un nouvel arsenal
législatif n’est sans doute pas anodin, en une époque où nos politiques ont
acquis ce réflexe de répondre à une actualité en empilant les nouveaux textes.
Ne pourrait-on pas poser le problème autrement et ailleurs ?
C’est d’une certaine façon la direction que nous indiquent
certaines voix issues tant du monde judiciaire que de la communauté juive
elle-même. Madame Yadan, qui fut accusée à peu près n’importe quoi, une fois sa
déception ravalée, finira sûrement par les entendre. Elle, mais, je l’espère,
pas qu’elle, car elle fut loin d’être la seule à prendre ce sujet brûlant à cœur.
Ce qui, dans un état de droit où il importe avant
tout que tout justiciable puisse connaître précisément ce qui lui est strictement
interdit et ne pas être la victime de l’arbitraire, est plus qu’insuffisant.

Comments
Post a Comment