Posant un doigt sur la joue de Cupidon ...
J’avais songé fin 2023 mettre un point final à ma
relation à l’écriture. Encore un, le 33ème, et puis je passe à autre
chose. J’étais enfin parvenu avec les ans à ce dont j’avais rêvé enfant, je m’en
étais donné les moyens, j’y avais un temps tout consacré au point d’avoir
volontairement laissé derrière moi tout mon passé.
Le résultat, ces livres et notamment certains d’entre
eux, mes romans, ayant dépassé mon espérance et satisfait leur auteur au-delà
de ce que j’avais imaginé, j’avais alors pensé que ç’en était bientôt terminé
avec ce pourquoi je me savais depuis toujours destiné.
J’avais, pensais-je, touché le but.
C’était sans compter ce qui sans prévenir il y a
deux mois est revenu : ce plaisir, sensuel, proprement stupéfiant, de
me retrouver face à la page en train de s’écrire, de voir les doigts courir sur
le clavier, et les mots, les phrases, les paragraphes et leur musique s’extraire
du néant. Face à ce plaisir aussi simple qu’immense, comment, pourquoi surtout,
refuser de s’y abandonner, de s’y adonner, puisqu’écrire est devenu pour moi synonyme
de vivre ?
Il se peut fort que l’œuvre, j’entends par là la
mienne, celle qui sur deux décennies s’est construite, soit quasiment finie
sans que ne cessent cet appel et donc cette résurgence, ce retour à la source,
à la page blanche. J’ai donc repris le chemin du rendez-vous, quotidiennement,
entamant le plus souvent mes journées ainsi, le bol de café posé à la gauche du
clavier, l’esprit s’éveillant tandis que les mots un à un s’égouttent.
Cette échappée des limbes pour glisser d’un lit
vers un autre et ainsi entamer le jour en me connectant avec les mots, voici une
bien belle manière que de saluer depuis sa petite fenêtre l’avenir qui s’ouvre.
Je puis ainsi, quel que soit le thème qui sans le chercher s’impose, témoigner à
quel point écrire me correspond. A peine sorti de mes songes que me voilà qui
me glisse dans cet entre-deux qu’est cet univers auquel on ne goute guère qu’à
l’ombre en ouvrant le livre sur ses genoux. Et cet univers-là, celui de ces
compagnons de fortune qui m’accompagnèrent de jour comme de nuit pendant des
décennies au détriment de tant d’autres formes de plaisir, a dorénavant fait corps
avec celui que je suis.
Les trente-deux premiers ouvrages que j’ai écrits
sont à présent achevés. Il n’y subsiste plus une coquille, je ne pourrais y retrancher
ou y rajouter le moindre mot. Tels qu’ils sont ils ont atteint cette perfection
que pendant des années j’ai en d’autres puis au cœur de chacun d’entre eux cherché.
Ils sont la partie visible d’une œuvre non achevée dont la construction a repris
son rythme selon le même adage que précédemment : sans plan, sans aucun besoin
de contrôler, dans un absolu état d’inspiration.
Voici ce que je puis répondre.

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