Rapport de la commission d'enquête sur le service audiovisuel public : un brin de muguet du pouvoir macroniste pour Vincent Bolloré.

 

Près de cinq mois d’auditions, plus de 65 personnes entendues, énormément de reprises sur les réseaux sociaux et des débats on ne peut plus houleux sur certains médias d’information, notamment et surtout ceux du groupe Bolloré.

 

On peut dire que la commission d’enquête parlementaire sur le service public a fait le buzz. Un show non-stop qui dépassa de beaucoup la curiosité des téléspectateurs de LCP, et pour cause : on parle d’argent public et de gabegies en période de restrictions budgétaires, on met sur le grill des vedettes des médias, le cocktail a de quoi attirer le chaland, jamais en reste, et pas forcément pour de mauvaises raisons, de taper à bras raccourcis sur ce sommet qui nous demande de nous serrer la ceinture en sirotant un millésime Rothschild.

 

Demandée par le parti d’Éric Ciotti dont le rapporteur Charles Alloncle est membre, la commission parlementaire soulève en soi un vrai sujet, celui de l’utilisation des fonds publics à dessein de financer un service audiovisuel public que le président Macron a au tout début de son quinquennat fragilisé en lui coupant le financement de la redevance.

 

Rien de mieux pour privatiser un service public que de réduire son financement : on crée un trou, ici un accroissement du déficit, puis on hurle au loup. Ou plutôt :

- on lâche la bride sur le cou du Rassemblement National et de son allié,

- on met en scène un député Horizons, Jérémie Patrier-Leitus, c’est-à-dire un président de la commission parlementaire laissant volontairement son rapporteur conduire les débats absolument n’importe comment qui après avoir annoncé qu’il allait s’abstenir de voter le rapport finit par voter pour après l’avoir publiquement étrillé,

- enfin on en arrive à un précédent : pour la première fois l’assemblée nationale a mis son blanc-seing par 12 voix contre 10 à un rapport qui n’a strictement rien à voir avec ce qu’on attend d’un exercice parlementaire étant donné qu’il multiplie fake news, insinuations et caviardages volontaires.

 

Précisons que le fond du sujet méritait amplement une commission d’enquête, également que les gabegies au sein de France Télévisions, il n’y a qu’à se baisser pour en ramasser, les auditions les ayant par ailleurs à juste titre révélées.

 

L’ennui n’est pas là : le service audiovisuel public en effet vit dans ses sommets au-dessus de nos moyens, les salaires et les frais accordés y sont indécents, les primes de départ hallucinantes, les parts de gâteau offertes aux sociétés de production amies du pouvoir démentielles. Si on veut tailler dans les dépenses, il suffit en effet de viser juste, et la commission là-dessus a servi à mettre le projecteur là où il faut. Mettre sur le grill une Elise Lucet à qui on demandera en vain de révéler le salaire de ministre qu’elle touche et se voir opposer une fin de non-recevoir par l’intéressée, d’habitude plus prompte quand il s’agit de dénoncer les privilèges des grands patrons qu’elle poursuit telle une tique, nous autres qui payons la note avons en effet le droit de savoir, comme on dit.

 

L’idée de cette commission naquit d’une vidéo volée qui fit à juste titre grand bruit, révélée par le site classé à la droite de la droite L’incorrect, où l’on surprit les journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand en plein conciliabule avec des responsables du Parti Socialiste afin de fragiliser médiatiquement Rachida Dati. Prenant appui sur ce prétexte on ne peut plus hors-clou, Ciotti utilisa son droit de tirage annuel et obtint la création d’une commission d’enquête.

 

Jusque-là rien à redire.

 

Notons au passage que Ciotti au même titre que le RN milite pour la privatisation du service public dont il se dit comme ses nouveaux amis la victime. Difficile là aussi de lui donner tort : on ne peut pas dire que la neutralité du service public, lequel a ce qui s’appelle une ligne éditoriale on ne peut plus agressive envers eux, soit la première qualité de France Télévisions.

 

Ajoutons qu’avant la suppression de la redevance et la menace de nouvelles coupes budgétaires, la maison dirigée par Delphine Ernotte produisait beaucoup plus d’émissions d’investigations problématiques pour les amis oligarques d’Emmanuel Macron qu’aujourd’hui.

 

Depuis quelques années, Madame Ernotte, reconduite dans ses fonctions l’an passé après un rapport de la Cour des Comptes désastreux qu’on rangea dans un tiroir avant de le ressortir opportunément juste après sa reconduction, est devenue Macron compatible. Chatte échaudée craignant l’eau froide, elle n’embête plus trop le pouvoir en place : sous prétexte de fournir au téléspectateur des documentaires épris de positive attitude, on se contente sur le service audiovisuel public de taper sur le grand méchant loup de l’histoire, le groupe Bolloré.

 

Mécène acquis à la cause de Ciotti et de Jordan Bardella, Bolloré, quant à lui, se sait la victime du grand méchant service public qui vit sur la gabegie. Ce tube maison, tout aussi juste que celui du camp d’en face, est ressassé jusqu’à plus soif sur Europe 1 et CNEWS, puis repris en boucle chez Hanouna. Bolloré, ils sont un paquet à vouloir le dégager via l’ARCOM de la TNT.

 

Il faut dire qu’entre les fake-news de Télé Bolloré et celles de France 2 il y a comme un degré de différence, le premier y allant de manière beaucoup plus décomplexée. Sur CNEWS on privilégie ce qu’on appelle le journalisme d’opinion (à droite toute, s’entend), alors que chez Ernotte c’est plus feutré et (sauf vidéo volée) mieux emballé.

 

On va concéder à Pascal Praud que remplacer une enquête à charge sur Xavier Niels par un documentaire animalier c’est politique. De même que de faire de l’immigration et de la dénonciation des violeurs sous OQTF une obsession. La méthode choisie diffère mais des deux côtés du gué on défend une idéologie.

 

A suivre les débats de la commission d’enquête et la manière désastreuse dont ils furent conduits conjointement par un président de commission totalement dépassé par un rapporteur procureur et ce dernier laissé en roue libre, le tout sur le dos du service public, on peut se poser la question de fond. Une commission d’enquête parlementaire est là pour mettre en lumière des faits, pour révéler ce qui est caché, pour titiller des gens qui ne veulent pas parler et sont contraints sous serment à le faire, aucunement pour que des extraits tronqués des débats soient publiés sur les réseaux sociaux et que le texte final comporte autant d’arrangements avec la vérité.

 

Notamment et surtout quand la matière est aussi fournie concernant le sujet de fond qui est celui de la neutralité et de la gabegie.

 

Comment accepter de rendre public un rapport aussi contestable et d’ailleurs contesté par autant de députés confinés à deux minutes de temps de parole par personne auditionnée sans pouvoir à tout moment rebondir sur les réponses incomplètes qu’on leur a fournies ?

 

Ces méthodes, celles du rapporteur Alloncle, avalisées quelles que soient ses dénégations publiques par le président de la commission qui trouve là de quoi fragiliser ce service public qui à ses yeux coûte bien trop cher, nous les reconnaissons, ce sont bel et bien celles du groupe Bolloré.

 

Lequel vient d’engranger en œuvrant en coulisses un joli brin de muguet apporté sur un plateau d’argent par le pouvoir macroniste.






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