Scrutin présidentiel 2027 : Vincent Bolloré copie sur la campagne 2017 d'Emmanuel Macron.

 

Première depuis 2024 au hit-parade des chaines d’information continue sur le bouquet numérique, CNEWS, le produit star du groupe Canal + détenu par le milliardaire breton Vincent Bolloré, dont il avait sous l’appellation I-Télé fait l’acquisition en 2016, est donc devenue sur le câble le vecteur informationnel le plus populaire en France.

Avec, lorsqu’on compare son contenu avec ses concurrents directs, une caractéristique particulièrement saillante : sur CNEWS ce qu’on peut ranger dans la case informations pure est quantitativement inférieur au journalisme d’opinion.

CNEWS, ce sont d’abord et avant tout des plateaux où des invités débattent autour des thématiques obsessionnelles de son propriétaire Vincent Bolloré, lequel, à la tête d’un empire médiatique de mieux en mieux structuré et étendu (Europe 1, le JDD, C8 …) n’a jamais caché celles-ci : immigration et insécurité, islamisation de la France, guerre culturelle contre la gauche et les WOKE, union des droites, climato-scepticisme …

Il y a donc un prisme idéologique et culturel parfaitement assumé : la défense d’une civilisation judéo chrétienne prétendument attaquée par une autre civilisation selon le fameux Choc des civilisations de Samuel Huttington.

Extrêmement bien intégré à demeure comme le sont les grandes fortunes de son rang, Vincent Bolloré, dont les ouailles se réclament anti-système comme le fit en son temps Emmanuel Macron afin de se faire élire, a des convictions et des obsessions qu’il entend, ce qui est parfaitement son droit en tant que propriétaire industriel, faire partager à ses compatriotes et surtout infuser dans le cerveau des votants. Dans son esprit, il convient de consacrer une partie de ses investissements à peser sur les choses en utilisant le biais de l’information qu’il masque, assisté de ses équipes, sous le biais de débats dont sujets et intervenants auront au préalable été soigneusement listés.

Il n’est pas de mon intention d’affirmer ici que Monsieur Bolloré et ses équipes soient d’extrême droite, pas davantage que les thématiques obsessionnelles qu’ils ressassent ne correspondent à aucune réalité. Il y a effectivement un problème en France au sujet de l’immigration et de l’insécurité, sachant que je ne fais contrairement à eux pas un lien d’équivalence tombant sous le bon sens dont ils se réclament entre l’un et l’autre. Ce que je souligne c’est la surexposition de ces thématiques, leur hystérisation, sur fond d’adhésion assumée par Monsieur Bolloré à la théorie du grand remplacement, cette invention complotiste née dans le cerveau d’un certain Renaud Camus qui fait dresser les cheveux sur la tête de la quasi-totalité des historiens sérieux dans ce pays.

Qu’un parterre de chroniqueurs triés sur le volet, conduits par un ancien chroniqueur sportif de TF1 reconverti en animateur de bistro cravaté, conduise depuis des années des débats où sous couvert d’informer on joue en permanence sur la fibre antisystème avant de rejoindre les meilleures tables du 7ème arrondissement, et qu’on appelle cela informer … Que l’on ait convaincu un ancien journaliste du Figaro devenu auteur de best-sellers bourrés d’idées révisionnistes et tutoyant la totalité du personnel politique depuis le début des années 90 de concourir à l’élection présidentielle de 2022 non sans lui avoir déroulé le tapis rouge à heure de grande écoute puis de lui avoir assuré une promotion décomplexée en piétinant le temps d’antenne de ses concurrents … Que l’on désigne à la vindicte populaire plus de 5 millions de nos compatriotes sous le prétexte de lutter contre les dérives inadmissibles de l’islamisme radical que l’on confond à la totalité d’une religion … Que l’on monte systématiquement en épingle des faits divers anxiogènes ayant pour auteurs des étrangers sous OQTF au détriment d’autres faits divers prudemment laissés sous le tapis … Que l’on attise sans complexes la détestation par l’opinion du pouvoir judiciaire en qualifiant nos juges de rouges laxistes anti France qui détourneraient leur déontologie au nom de leur présupposée idéologie au profit d’un agenda politique caché … Que l’on fasse la promotion de certaines des thèses du Kremlin, des délires d’un matamore peroxydé à la Maison Blanche ou d’un stewart débutant labellisé RN censé améliorer la vie des petites gens tout en inscrivant son action dans le « pro Business » du patron …

Autant je ne céderai pas à ce réflexe pavlovien consistant à cataloguer Monsieur Bolloré et ses équipes de journalistes dans l’extrême droite parce que l’extrême droite, la vraie c’est-à-dire Ordre Nouveau, le GUD, Les zazous de Paris ou l’Action Française, appelle à la violence et la commet, ce que n’appellent ni ne commettront jamais les précités nous embarquant dans une guerre purement culturelle, autant jamais je ne me résoudrai à qualifier leur travail d’information.

Nous sommes sur CNEWS, sur Europe 1, dans les colonnes du JDD ou de Paris Match dans ce qui s’appelle du lavage de cerveau. On nous vend des paparazzades de Jordan Bardella à Ajaccio en 2026 comme hier on nous en vendit d’autres en une du même magazine avec un certain Emmanuel Macron. En 2022 on eut droit à Eric Zemmour et Sarah Knafo surpris fortuitement en plein ébat maritime.

Mêmes causes, mêmes effets : peser sur l’opinion et orienter le bulletin de vote.

Bourrage de crâne, lavage de cerveau, débats truqués en guise d’information et press people : tels sont les ingrédients d’une élection utilisés et agités depuis des années par les équipes de Vincent Bolloré, lequel reprend et adapte les recettes gagnantes de ses amis milliardaires Bernard Arnault et autres Xavier Niels dix ans auparavant.




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