"Sionisme" et "antisionisme" : revenons à l'Histoire et à l'étymologie.
« Sionisme » et « antisionisme » :
deux terminologies actuellement en surreprésentation dans la vulgate échangée
tant sur les réseaux sociaux que sur les plateaux de télévision ou dans les
conversations, que ce soit en guise de défense ou d’attaque. Comme souvent, ces
deux termes sont employés à tire-larigot par énormément de gens qui ignorent
tant leur signification réelle que l’histoire de celle-ci.
Quoi de plus simple entre ignorants que de se
balancer au visage des mots dont on ne connait que très approximativement le
sens ?
Revenons donc à celui-ci, au sens du terme « sionisme »
et par déduction de son opposé : « antisionisme ».
Le sionisme est né au XIXème siècle parmi les
populations juives ashkénazes dans un contexte général d’aspirations nationales,
sur fond d’oppositions juives tant laïques que religieuses.
Etymologiquement, le sionisme fait référence aux
racines juives de tradition nationaliste, culturelle et religieuse désignant
une colline de Jérusalem, le mont de Sion. Il puise donc dans la tradition
biblique de la terre promise par Dieu aux « enfants d’Israël ».
En tant que tel le terme « sionisme »
fera son apparition en 1890 sous la plume de Natham Birnbaum dans un article d’une
revue allemande. Il fait référence au concept de « retour à Sion » c’est-à-dire
à une inversion de la diaspora. L’apparition de ce terme est donc postérieure à
ce que nous pouvons qualifier d’idéologie sioniste.
L’idéologie
sioniste qualifie un mouvement nationaliste et donc un nationalisme pour celles
et ceux que ses promoteurs qualifient de peuple juif.
La notion de « peuple juif » sera ultérieurement critiquée par des
historiens israéliens (qualifiés de « nouveaux historiens ») en ce sens
qu’elle tend à amalgamer des peuples distincts en un seul dans le cadre d’un roman national, c’est-à-dire d’une
sorte de fiction sur le plan historique,
d’une historiographie.
Dès le XIXème siècle se développeront plusieurs courants au sein du sionisme,
lequel n’a jamais constitué un ensemble
homogène où tous les sionistes pensent la même chose et partagent exactement le
même projet : le sionisme pratique, le sionisme politique (celui de
Théodor Herzl), le sionisme culturel, le sionisme synthétique, le sionisme
révolutionnaire, le sionisme travailliste, le sionisme chrétien.
De
nos jours, ce que les adversaires de ce que recouvre ce terme qu’ils emploient
à tort et à travers combattent est une branche importante du sionisme politique :
l’ultra-sionisme.
A l’origine le
sionisme politique fondé par Théodor Herzl et Max Nordau au 1er
Congrès sioniste de 1897 porte sur non pas la main mise sur un pays mais sur
la création en terre de Palestine d’un foyer juif. Ce foyer verra le jour à
compter du basculement pendant la première guerre mondiale de la Palestine sous
mandat britannique après l’échec des ottomans puis de la Déclaration Balfour en
1917.
L’arrivée des premiers habitants juifs en Palestine
donnera lieu à des pogroms à leur encontre ourdis par les palestiniens sur
place et par le soutien implicite que leur apportera le gouverneur britannique
local.
Sur cette question aujourd’hui plus qu’épineuse de
la coexistence entre les deux types de population, juive et palestinienne, on
trouvera dans les premières décennies de l’histoire du sionisme politique
différentes tendances ou courants plus ou moins pacifiques : et ces
courants nous les retrouvons dans les différentes
tendances politiques actuelles en Israël, où on va de l’affirmation de la nécessité de l’existence de deux
états à la colonisation la plus rude des territoires où habitent encore des
palestiniens.
Puisqu’il est de bon ton de nos jours d’élaborer un
amalgame entre sionisme et colonisation
guerrière et épuration ethnique, ajoutons que dès la déclaration de la création
en 1948 non seulement de l’état d’Israël mais d’un autre état, la Palestine,
par les instances de l’ONU, juste après la fin du mandat britannique, les autorités palestiniennes de l’époque ou
ce qui s’apparentait à cela (nous étions en 1948 dans une période de
transition) ainsi que tous les voisins
du nouvel état juif appelèrent à sa destruction et se lancèrent à six
contre un dans une guerre contre lui afin d’y parvenir. Cela ne réduit en rien
les souffrances des palestiniens chassés de leurs terres mais cela les resitue
dans un cadre historique plus précis.
Ce que les faits historiques affirment contre les
mensonges idéologiques repris en boucle depuis, c’est que si la partition des deux états avait été acceptée par les deux parties
d’entrée de jeu, le drame des palestiniens n’aurait probablement jamais existé.
Cela ne justifie pas les violences dont ils furent les victimes mais cela
les explique en partie.
Si l’on reprend donc sur un plan tant historique qu’étymologique
le sens du terme « sionisme », celui-ci, nous l’avons vu, désigne un
nationalisme pour les juifs et donc le droit pour ceux-ci d’avoir un pays. Par
déduction l’antisionisme désigne donc la
dénégation qui leur est faite d’en avoir un. En Palestine ? Oui, en
Palestine, sachant qu’à l’origine ce pays, Israël, était destiné à coexister
avec un autre, frontalier, destiné au peuple palestinien.
Le peuple palestinien fut donc également la
variable d’ajustement c’est-à-dire la victime de l’intransigeance de gouvernements
des pays frontaliers refusant d’entrée de jeu la partition de l’ONU.
Ce qui permet non pas d’excuser la responsabilité
de l’état hébreu (de ses différents gouvernements, lesquels faut-il le rappeler
n’ont été du courant ultra-sioniste qu’à compter du XXIème siècle et de la seconde
Intifada c’est-à-dire une fois enterrés les accords d’Oslo et assassiné l’ancien
premier ministre cosignataire Itzhak Rabin par un ultra-orthodoxe israélien)
vis-à-vis des palestiniens mais de la resituer dans un ensemble géopolitique
local où plusieurs acteurs ont joué avec cette variable humaine comme avec de
la nitroglycérine.

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