40 ans avec Madonna.
1984, cérémonie
des MTV Awards. Débarque sur scène en robe de mariée en tenant un bouquet celle
qui la même année fit scandale avec ce premier tube planétaire, Like a virgin. Totalement décomplexée,
la chanteuse alors âgée de 21 ans se roule sur scène et feint l’orgasme. Du
jamais vu dans le monde de l’industrie du disque. Dans la salle : celui dont
elle deviendra l’égérie, le couturier français Jean-Paul Gauthier, est fasciné.
Née
dans le Michigan en 1963 d’une famille d’immigrés italiens catholiques pratiquants,
Madonna Louise Ciccone est la troisième de la fratrie. Son père est ingénieur chez
General Motors et sa mère radiologue. Emportée par un cancer du sein, celle-ci
laisse sa fille, alors âgée de 5 ans, inconsolable. C’est de cette perte
originelle que celle qui deviendra la record woman du show business sur quatre
décennies tirera sa force : sa mère décédée, plus personne ne lui dictera
sa volonté.
Elève
brillante mais chahuteuse, Madonna devient élève dans un cours de danse sous la
direction de celui qui de son propre aveu sera son unique mentor :
Christopher Flynn, homosexuel, est le premier à lui exprimer à quel point il
croit en son potentiel.
Quelques
petites années plus tard, elle partira à New York avec 13 dollars en poche avec
l’envie de tout casser.
Là-bas,
elle vivra d’expédients, se faisant héberger tout en trouvant de quoi se
nourrir dans les poubelles, sera modèle pour des photographies érotiques et
collectionnera les petits boulots sans lendemain. Inscrite au cours de danse d’une
professeure renommée, la voilà qui la nuit court les discothèques homosexuelles
et devient une sorte d’égérie du dancefloor. Elle apprend la guitare puis la
batterie, intègre un groupe de punk rock puis se fait repérer par Patrick
Hernandez, lequel l’embarque quelques mois à ses côtés en France avec pour intention
de la faire percer.
Là,
dans ce pays dont elle ne parle pas la langue, trimbalée de répétitions en
tournée où elle fait office de choriste, elle s’ennuie, puis rentre précipitamment
à New York. Elle reprend les auditions, intègre un groupe comme chanteuse,
compose les morceaux et se produit sur de petites scènes. Elle finit par
comprendre que ce qui la met en valeur c’est elle sur scène et persuade un
producteur de la faire chanter dans des nightclubs où elle devient une sorte d’icône.
A force
de taper à toutes les portes elle signe en 1982 avec la Warner pour un single.
Ce sera Everybody. L’année suivante
nait un premier album. Elle en assure la promotion en allant elle-même le
promouvoir auprès des DJs, lesquels à la longue parviendront à allumer la
flamme de ce qui deviendront des hits.
1984,
second album, et cette fois le triomphe est au rendez-vous. Like a virgin, c’est le carrefour des provocations
dont Madonna était à l’époque l’incarnation : une femme hyper sexuée qui
se moque des dogmes de la religion et qui s’affirme être une vierge délurée
dans une Amérique puritaine au possible.
A cette
époque pareille représentation de la femme n’existe tout bonnement pas. Elle
choque, elle bouscule, on la taxe de vulgarité mais elle s’en fiche. Ce qui
convient quand, d’après ses propres mots « on n’est ni la meilleure
chanteuse ni la meilleure danseuse » c’est d’être la plus visible.
La Material girl (titre phare de son
second album où elle réinterprète une Marylin Monroe à l’opposé de son modèle originel)
est née.
Madonna
devient celle qui veut à tout prix réussir. Une femme d’affaires qui joue de la
séduction et qui ne se fixe aucune limite. La jeunesse l’adopte, leurs parents
la critiquent mais foncent eux aussi la voir jouer au cinéma dans une comédie qui
sort la même année que le CD triomphal : Recherche Susan désespérément.
1986,
son 3ème album, True blue,
pulvérise tous les records avec 30 millions d’exemplaires écoulés (son plus gros
succès) et aligne les tubes : Papa
dont preach, Open your heart, True blue, La isla bonita, Live to tell. Cette
fois-ci elle cosigne toutes les chansons et se coproduit.
A la
ville elle rencontre l’acteur Sean Penn. Tous deux tombent amoureux et se marient.
C’est l’union des contraires et de la déraison. Lui, sauvage, fuit les caméras
qu’elle appelle au moindre de ses pas. Entre les Penn, ça clashe, les murs des restaurants
d’Hollywood résonnent de leurs éclats de voix. Ils feront un film ensemble :
un navet doublé d’un four commercial. Le couple s’échouera sur une nuit
tragique où à bout de nerfs Penn attachera Madonna et la violera. En larmes
elle foncera au commissariat, déposera une plainte qu’elle enlèvera ensuite puis
le quittera pour toujours.
Sen
Penn, elle le confiera cent fois, fut le plus grand amour de sa vie. Madonna,
on le voit, n’est pas calibrée pour ça.
Quatrième
album plus mature en 1989 avec notamment un duo avec Prince, avant de rejoindre
les bras d’un séducteur hollywoodien sur le retour, Warren Beatty, celui qui
dans les années 60 et 70 les a toutes eues. Sauf que c’est elle qui l’emballe
et qui porte la culotte. Elle a vingt cinq ans de moins que lui, il l’intéresse
car il va mettre en scène une adaptation musicale de Dick Tracy sur grand écran, elle veut décrocher le rôle féminin
principal. Ce que Madonna veut, Madonna l’obtient. Un 5ème album
plus jazzy, I’m breathless, accompagnera
la sortie du film, se clôturant sur le mythique Vogue.
Question
look, la chanteuse un peu vulgaire a évolué vers un personnage glamour. Madonna
devient une égérie des défilés des plus grands couturiers, également une
chanteuse récompensée par un oscar.
Cette
soudaine respectabilité tant recherchée, elle va avec son sens de la
provocation consommé la faire exploser en 1992, après une première incursion avec
le clip de Justify my love, interdit
de passage sur MTV, où on la voit défiler en bas résilles et soutien-gorge transparent
dans des chambres où elle multiplie les partenaires et les fantasmes les plus
suggestifs.
Ce sera
un triplé. Côté musique, l’album Erotica
rencontrera un succès mitigé mais va devenir culte. Côté cinéma, un sous Basic
Instinct, Body. Enfin, ultime
provocation : le livre vendu sous cellophane SEX. Où elle accomplit ce qu’aucune femme n’a jamais osé faire, se faire
photographier dans les trips sexuels les plus extrêmes, allant du SM à l’uro en
passant par les orgies. Le tout avec un texte écrit à la plume par l’artiste,
lequel texte est on ne peut plus explicite.
Aux USA on considère qu’elle a dépassé toutes les bornes. En Europe en
revanche la démarche sera bien mieux acceptée. Erotica débouchera sur une de ses plus belles tournées : The girlie show, un bijou d’inventivité où
elle revêt tantôt une tenue SM, tantôt une perruque disco blonde frisée, tantôt
un costume masculin à la Marlene Dietrich.
La star
a choisi en plein envol de redevenir underground. Au passage elle va spectaculairement
faire évoluer la cause des femmes dans les années 90 pour lesquelles, dans la
représentation populaire acceptée, elle fera office de pionnière. Tous les interdits
elle les bouscule, tous les tabous elle les fait un à un tomber.
En
1994, consciente qu’elle a trop joué avec le feu, elle rétropédale. Ce sera Bedtime stories, avec notamment Secret et Take a bow, deux slows on ne peut plus consensuels qui réinstallent
une Madonna plus respectable.
Puis ce
sera Evita en 1996, son plus beau rôle
au cinéma, pour lequel elle remportera un Golden Globe. Eva Peron, un film
musical sous la direction d’Alan Parker, un tournage en Argentine avec au début
un total rejet des argentins, lesquels, devant le résultat, finiront par l’adopter.
Madonna qui, on le sait, vocalement est assez limitée, fera ici des prodiges et
enregistrera sans aucun trucage la BO avec un orchestre en studio.
1998. Agée de 35 ans, Madonna est à présent mère d’une fille qu’elle élève seule. C’est l’âge de la maturité et celle-ci va s’ancrer dans son nouvel album, le plus riche de toute sa carrière : Ray of light, un set électro produit par William Orbit. Cette fois public et critique sont unanimes, on est face à un chef d’œuvre. Substitute for love, Frozen, Nothing really matters, Ray of light, tant les textes signés Madonna puisant dans les enseignements de la Kabbale qu’elle étudie que les arrangements musicaux pop électro d’Orbit atteignent le sans-faute. Avec Ray of Light, la Queen of Pop pénètre l’avant-garde.
A la
ville Madonna épouse le réalisateur écossais Guy Ritchie et achète un château
où elle se réfugie entre deux tournées.
Rebelotte
underground en 2001 puis 2004 avec deux albums produits par le français Mirwais :
le populaire Music et le plus
confidentiel American life, où elle s’opposera
frontalement à la guerre en Irak de George W.Bush.
2005. Dernier
chef d’œuvre discographique : Confessions
on a dancefloor. S’ouvrant par un sample du Gimme gimme d’ABBA, l’album revisite les plus grandes stars du
disco des années 70, Donna Summer, Cerrone, ABBA, Chic. Succession ininterrompue
de tubes (Hung up, Sorry, I Love New York, How High …), Confessions … clôture la Madonna de la grande
époque par un hymne à la danse. Ce qui suivra ne sera pas sans qualités mais en
deçà (Hard candy) voire très en deçà
(MDNA, Rebel heart, Madame X :
celle qui l’anticipait court à présent derrière la mode).
Quarante
ans de carrière : aux 20 premières années de plus en plus impressionnantes
avec le temps succèderont 20 autres plus discutables, sans que jamais le public
international ne lui fasse défaut. Ce parcours unique a défriché la voie à d’autres
pour laquelle elle incarne une sorte de modèle. A la fois artiste, productrice,
dénicheuse de talents, révolutionnaire sur le plan sociétal : la cause des
femmes mais aussi son investissement et son amour envers la communauté gay parmi
laquelle elle fit ses premières armes.

Comments
Post a Comment