Edouard Philippe : un planqué programmé pour échouer.

 

On a tendance à l’oublier, celui que l’on donne depuis des années présent au second tour de 2027 contre le candidat du Rassemblement National fut le principal lieutenant d’un échec présidentiel cinq étoiles, celui du connétable de Bordeaux Alain Juppé que comme lui la presse, des années durant, installa à l’Elysée en lieu et place d’Emmanuel Macron en 2017.

Juppé, dont la campagne s’étant échouée sur le mur des primaires de la droite, avait comme Edouard Philippe la pôle position sondagière et le vent en poupe jusqu’à ce qu’effectivement c’est-à-dire comme toujours dans les six mois précédant le scrutin la campagne commence vraiment.

Lorsqu’on observe le parcours de celui qui fut le premier « premier ministre » de l’actuel Chef de l’Etat depuis juillet 2020 et son départ de Matignon, on ne peut qu’être étonné par les similitudes tant des thématiques que de la communication et du positionnement des deux hommes.

Candidat des élus, Doudou comme hier Juppé se définit comme un édile aimé de ses administrés et reconduit par ceux-ci, mis en avant par l’intelligentsia parisienne des éditorialistes, et promettant aux électeurs un programme fait de raison, de pédagogisme et d’huile de foie de morue. Au contraire des démagogues des tréteaux, le Maire du Havre entend parler aux électeurs comme le ferait un père à des enfants qu’il entend faire grandir : avec lui on disserte sur les déficits budgétaires, sur l’âge de retraite à faire reculer et sur la volonté de se serrer la ceinture sur fond de reprise de la croissance. Autant dire rien qui ne fasse bander Marcel dans les chaumières mais qui dans un cénacle de diplômés en économie sonne aussi sérieux qu’un missel de bonne conduite.

Edouard, Philippe comme hier Balladur, c’est un gage de sérieux qui vous donne instantanément envie d’aller vous pendre sur le bûcher des sacrifices dans la pièce à côté.

On sait que quiconque sort de l’ambiguïté ne le fait qu’à son détriment. Aussi celui qui s’est en septembre 2024 lancé le premier dans la présidentielle n’en finit pas de reculer le moment où il va nous sortir son catalogue de dragées au goût acide.

Le programme, Edouard n’en finit pas de repousser au lendemain l’annonce, tant il sait que la moindre de ses mesures donnerait à n’importe quel automobiliste l’envie de sortir son gilet jaune. Lui qui en 2018 avait lancé la flammèche de la plus grosse révolte populaire qu’ait connue la Vème République (les 80km/h …) est bien placé pour savoir que le gaulois a parfois des poussées de fièvre incontrôlées, et que tâter son pouls en lui faisant valoir la peur du grand méchant RN aux frontières du pouvoir est plus vendeur que de réveiller sa mémoire quant à son propre bilan.

Car Edouard à Matignon, on semble l’avoir un peu oublié, ce furent les plus grosses fièvres du macronisme auquel il fut systématiquement associé : révolte des gilets jaunes, errances de la gestion du COVID dans les six premiers mois, politique judiciaire erratique, sans compter Tony Montana Castener à l’Intérieur… Tout cela dont nous gardons collectivement un merveilleux souvenir, ce furent les années Doudou Philippe.

On sait la détestation que se portent l’actuel Chef de l’Etat et celui qui lui fut imposé à Matignon dans les trois premières années de son premier quinquennat, et on n’a pas encore mesuré le pouvoir de nuisance détenu par celui qui n’a pas encore rendu les clefs à celui qui à l’époque et depuis n’a jamais cessé à son égard de jouer au planqué.

Doudou, souvenons-nous, quand ça bardait, restait bien au chaud tandis que Manu se prenait les flashballs. Le paratonnerre institutionnel qu’est le premier ministre laissait prudemment les balles siffler à quelques centimètres des oreilles de ce chef qui ne pouvait littéralement s’empêcher de se mettre en avant, tandis que lui-même comptait les points en visioconférence avec les journalistes.

Edouard Philippe, vous le verrez, demeurera dans cette campagne qu’il a entamée depuis presque deux ans ce qu’il fut auparavant : un planqué qui n’entend pas lâcher ses billes avant de se faire éliminer avant le top départ. Encensé par une presse hors-sol qui voudrait l’introniser en passant par-dessus le vote, il demeurera tel Alain Juppé dans un entre-soi prudent, entouré par son staff, à imaginer des stratégies qui jamais ne verront l’ombre de la queue d’une quelconque réalisation.

A peine posé un pied dans la tranchée qu’on lui signifiera qu’il lui faut remiser par devers soi tout son attirail puis reprendre la route du Havre.

D’où il rédigera Carnets d’une campagne éclair, un opuscule que la presse, sitôt élu le successeur d’Emmanuel Macron intronisé, portera au pinacle.





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