George Michael, Jesus to a child et Anselmo
Réveillon
du 31 décembre 1996, Miami Beach, station balnéaire située sur la côte
Atlantique de la ville de Miami en Floride. Le rendez-vous en ces années-là des
gays de toute la planète, et le lieu où je me rendais quatre fois par an depuis
deux ans.
Miami
Beach, outre la destination touristique idéale en plein hiver (le soleil tape à
35 degrés 7 jours sur 7) totalement investie par ce qui n’est pas encore devenue
« la communauté LGBT », laquelle ne serait-ce que dans le vocabulaire
n’existe pas encore, est une avant-garde de ce qu’on pourrait appeler le
tourisme du plaisir sous toutes ses formes : ici on y trouve d’immenses et
nombreuses discothèques, des bars et des restaurants à foison, des boutiques de
vêtements branchés pour tous types de portefeuilles, des clubs de fitness,
enfin d’immenses plages dont la principale occupée par les milliers d’homosexuels
masculins dont le pouvoir d’achat fait la fortune des commerces locaux.
A Miami
dans ces années-là, deux stars rivalisent en haut de l’affiche : Madonna
et George Michael. L’une et l’autre sont les références absolues, ceux sur lesquels
on danse dans les clubs jusqu’à l’aube, ceux qui font le plus rêver, ceux dont on
parle le plus, ceux dont on connait le mieux les biographies.
En mai
1996 est sorti quelques mois plus tôt Older,
le 3ème album de George Michael, George Panayoitou de son vrai nom, chanteur né
en Grande Bretagne aux origines chypriotes qui fut au tout début des années 80
membre de Wham, un duo de chanteurs
pour minettes, le beau gosse par excellence, celui qui fit tourner les cœurs avec
Careless whisper en 1984, son premier
single en solo.
George Michael
dès son 1er album solo, Faith, est devenu
une star de la pop mondialement réputée, vendant des dizaines de millions de
CD, organisant des tournées rassemblant des foules impressionnantes. La mue du
minet en artiste respecté fut instantanée : vainqueur de dizaines de
récompenses parmi les plus prestigieuses, George non seulement s’est révélé un
compositeur et un parolier de premier plan qui sur scène électrise les foules,
mais est sans doute une des plus belles voix masculines que j’aie jamais
entendues.
Ici, on
le sait : George Michael n’est pas hétérosexuel mais bisexuel à tendance
homosexuelle. Il eut un compagnon brésilien qui mourut quelques années
auparavant du SIDA, auquel Michael dédia une chanson splendide, Jesus to a child. En ces années-là,
faire son outing n’était pas chose commune, notamment pour un symbole sexuel éduqué
dans un milieu où tout était là pour étouffer son inclination. George ne confia
à aucun journaliste son identité sexuelle, il se contenta de cette chanson,
livrée avec émotion à son public, sans autre explication que la force d’interprétation
qu’il y déploya.
Older est l’album de la maturité,
symbolisée par ce titre qui donne son titre au CD : Older, plus âgé. Dont les paroles, aussitôt entendues, entrèrent en
résonnance avec le tout jeune trentenaire qu’en 1996 j’étais. Alors au zénith en
termes de séduction, j’étais par un grand-frère invité à réfléchir l’âge en
gestation, à me poser des questions, à me projeter à sa suite dans ma maturité
en devenir.
Je me
revois marcher le long du rivage, walkman aux oreilles, écoutant ému les mots
de ce chanteur que j’aimais tant, me murmurer sous des notes jazzy ces confidences :
I should have known, it seemed
too easy
You were there, and I was breathing blue
Strange baby, don't you think
I'm looking older?
Something good has happened to me
Change is a stranger you have yet to know
Well, you're out of time, I'm
letting go, you'll be fine
Well, that much I know
You're out of time, I'm letting go
I'm not the man you want
I should have known, it seemed
so easy
You were there, I thought I needed you
You
Strange baby, don't you think
I'm looking older?
But something good has happened to me
Change is a stranger who never seems to show
So you're out of time, I'm
letting go, you'll be fine
Or maybe you won't
You're out of time, I'm letting go
I'm not the man that you want
I never should have looked back
in your direction
I know they're just the same old fights again, baby
These are wasted days without affection
I'm not that foolish anymore
So you're out of time, I'm
letting go, you'll be fine
Well, that much I know
You're out of time, I'm letting go
I'm not the man that you want
Tandis
qu’autour mes amis dansaient sur le Fastlove
du même George dans le même album, je m’isolais d’eux, entrant en moi-même,
entrevoyant à l’horizon un chemin rendu aveugle par les rayons du soleil se
couchant.
Lorsque
deux ans plus tard j’appris que mon idole avait été arrêtée dans des
pissotières de Californie en pleine drague et que la presse mondiale lançait
son nom en pâture à une opinion découvrant ce que mes potes gays et moi
connaissions depuis longtemps et par respect envers l’intéressé taisions, je compris
aussitôt quelle violence cet homme né deux ans jours pour jour avant moi au
jour près subissait.
Nous
autres de la communauté homosexuelle qui connaissions son secret, avions réussi
pendant des années à ne pas en faire état conformément à son souhait. Nous
fûmes quelques-uns à l’avoir croisé en compagnie de son compagnon décédé dans
certains cénacles privés, à les avoir salués et à avoir choisi de les laisser
vivre leur amour tranquillement à quelques mètres de nous sans rien dire.
Anselmo
Feleppa, que George rencontra en 1991 lors de sa tournée à Rio de Janeiro, était
extrêmement beau et élégant. Il fut – le documentaire George Michael : a different story sorti en 2005 nous le
montre aux côtés du chanteur – le plus grand amour de sa vie.
Et la
muse de Jesus to a child :
Kindness
In your eyes, I guess
You heard me cry
You smiled at me
Like Jesus to a child
I'm blessed
I know
Heaven sent
And Heaven stole
You smiled at me
Like Jesus to a child
And what have I
learned
From all this pain
I thought I'd never feel the same
About anyone
Or anything again
But now I know
When you find your love
When you know that it exists
Then the lover that you miss
Will come to you on those cold, cold nights
When you've been
loved
When you know it holds such bliss
Then the lover that you kissed
Will comfort you when there's no hope in sight
Sadness
In my eyes
No one guessed
Or no one tried
You smiled at me
Like Jesus to a child
Loveless and cold
With your last breath
You saved my soul
You smiled at me
Like Jesus to a child
And what have I
learned
From all these tears
I've waited for you all those years
And just when it began
He took your love away
But I still say
When you find love
When you know that it exists
Then the lover that you miss
Will come to you on those cold, cold nights
When you've been
loved
When you know it holds such bliss
Then the lover that you kissed
Will comfort you when there's no hope in sight
So the words you
could not say
I'll sing them for you
And the love we would have made
I'll make it for two
For every single
memory
Has become a part of me
You will always be
My love
Well, I've been
loved
So I know just what love is
And the lover that I kissed
Is always by my side
Oh, the lover I
still miss
Was Jesus to a child

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