Le fabuleux destin de Xavier Poussard.

 

Lettre confidentielle mensuelle, Faits et Documents, éditée par la société Edition et Documentation parisienne, a été fondée en 1996 par Emmanuel Ratier, journaliste et éditeur d’extrême droite ayant un tropisme antisémite et antimaçonnique, dans le droit fil de son inspirateur Henry Coston.

Se donnant pour objet l’étude de la politique française et de ses réseaux d’influence, Faits et Documents obtient dès l’année de sa création un agrément de la commission paritaire des publications et des agences de presse qui du fait de l’absence de toute condamnation pénale de son directeur de publication ne sera depuis jamais remis en cause.

Sa dimension confidentielle va diminuer lorsqu’à l’initiative de Ratier elle intègrera le dispositif du polémiste essayiste Alain Soral et de son association Egalité et Réconciliation, particulièrement offensifs sur la toile au tout début des années 2010.

Cherchant du fait d’une santé délicate à assurer à cette lettre d’information dans laquelle il s’investit énormément une pérennité, Ratier opte pour celui qu’il estime à la fois le plus proche de ses idées et le plus talentueux. Soral, qu’on l’apprécie ou non, s’est révélé au sein de sa structure d’édition un excellent entrepreneur capable d’attirer à lui de nouveaux segments de la population du fait d’une communication moderne sur les réseaux sociaux.

En 2012 Ratier fait entrer un tout jeune archiviste qui deviendra douze ans plus tard un auteur à succès en tête des ventes sur le site Amazon : Xavier Poussard. Lequel va progressivement devenir, sous la double protection de Ratier et de Soral, le futur dirigeant de Faits et Documents, dont il prendra la tête en 2017 jusqu’à la rupture fin 2024.

Le 19 août 2015, Emmanuel Ratier décède de façon accidentelle. Poussard la jeune pousse se retrouve seul aux manettes de la rédaction des articles de la revue. Rapidement, il devient un des collaborateurs préférés de Soral si ce n’est le préféré d’entre tous.

Dans l’entourage du polémiste, on le sait, les têtes valsent, les trahisons sont légion, aux règlements de compte personnels se succèdent les retournements de veste, pas forcément du fait du chef, lequel en tant que directeur de publication d’E&R assume en son nom convocations et condamnations.

Boxeur pas que dans l’âme souvent taxé d’autoritarisme, Soral anime et assume un collectif fait d’individualités qui tels des papillons se rapprochent ou s’éloignent de sa lumière selon leurs intérêts du moment. Dans cette nébuleuse où les claquements de porte et les explications franches abondent, Poussard fait plus que son trou : il s’impose aux yeux du chef comme le petit jeune qu’on couve comme le lait sur le feu, celui dans lequel on reconnait certaines de ses qualités intellectuelles et rédactionnelles, celui qui fait acte de présence, qui rassure le chef lâché par certains des siens.

Poussard, dans ces années 2018 et suivantes, c’est celui que le chef couvert de blessures impose à sa droite sur l’estrade et à propos duquel il écarte d’un revers de main toute formulation d’une critique émanant de ses autres lieutenants.

Les critiques, pourtant, vont peu à peu se multiplier. Trop solitaire, incapable de tenir des délais, incapable de jouer collectif, de partager, de collaborer avec qui que ce soit.

Alerté, Soral commence petit à petit à constater qu’en effet Poussard n’accepte aucune aide de qui que ce soit pour mettre la main à Faits et Documents et qu’il est loin d’avoir la force de travail de Ratier. Incapable de produire le nombre de lettres annuelles auquel par abonnement la société d’édition est engagée, il refuse obstinément de se faire seconder par qui que ce soit et évacue sans ménagements les intrus que ses actionnaires tentent de lui glisser dans les pattes.

« Il a la grosse tête, il devient de plus en plus odieux », murmure-t-on. Horripilé par l’inaction du chef devant les remontées de terrain, un des principaux lieutenants de Soral claque la porte, laissant Soral un peu sonné.

En 2022 débarque avec Natacha Rey le sujet qui va définitivement faire enfler la tête déjà bien gonflée de l’ancienne jeune pousse. Entré dix ans plus tôt à l’âge de 24 ans dans la maison, le voilà devenu trentenaire, un âge où on commence à vouloir s’installer, et toujours placé sous l’aile protectrice d’un chef de plus en plus problématique à ses yeux vivant désormais à Lausanne.

Soral, en 2022, a dû quitter la France pour échapper à une incarcération. Pour celui qui entend ne pas connaître pareil destin et se faire une place au soleil, cet éloignement tombe à merveille et fait réfléchir. Sans les intrusions récurrentes d’un Soral basé à Paris, Poussard se sent pousser des ailes.

Le succès des numéros consacrés au « mystère Brigitte Macron » va détacher Poussard de ceux qui l’entourent comme de sa mission. Catapultés sous les feux de la rampe par le compte Twitter Zoe Sagan, la revue et son rédacteur jusque-là dans l’ombre prennent à présent la lumière dans le Tout Paris notamment de la presse.

Restées lettres mortes du fait de la mansuétude de Soral quelques années plus tôt, les alertes vont alors se multiplier, ne faisant qu’amplifier les critiques initiales : cassant et odieux, Poussard, devenu mono-thème et expert en brigittologie, se montre de plus en plus incapable de sortir le nombre de numéros attendus.

En 2024, on frôle la catastrophe économique : au mois d’octobre, quatre numéros au lieu des 10 à 12 attendus ont vu le jour depuis le début de l’année. Si F&D n’atteint pas les six sur l’exercice, le titre perd l’agrément de la CPPAP : une catastrophe !

Pressé par les actionnaires, Soral impose à Poussard une équipe, laquelle parvient en urgence à sortir les deux numéros. Vexé, Poussard claque la porte non sans avoir reçu un joli chèque de départ en remerciement du travail fourni sur douze années d’affilée.

Ce qui lui permettra de rebondir rapidement, non sans avoir, on n’est jamais assez reconnaissant, accusé son protecteur de l’avoir vendu à l’Elysée. Ce seront Becoming Brigitte, la première place sur Amazon, la joint-venture avec Candace Owens, l’installation à Milan, et depuis là-bas, une nouvelle vie, on peut le supposer compte tenu de ses royalties, quelque peu bling bling. Le tout en ayant jusqu’ici réussi à être le seul à avoir échappé aux poursuites au pénal de l’épouse du chef de l’état.

Poursuivi par la justice en Suisse, Soral a dû précipitamment s’installer en Fédération de Russie.

Condamnée en première instance puis relaxée, Natacha Rey, celle qui lui a apporté sur un plateau l’affaire Brigitte et qu’il rémunéra des clopinettes, pointe au chômage et est atteinte d’une maladie grave.

Devenue richissime, Candace Owens, comme son nouvel ami français, coule des jours paisibles.





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