LE PENSEUR d'Auguste Rodin : un hommage à DANTE et à La Divine Comédie.

 Œuvre en bronze d’environ 1 mètre 80 sur 98 centimètres, Le penseur d’Auguste Rodin surplombe son œuvre majeure, La porte de l’enfer, dont elle sera pour de nombreux moulages détachée. Inspirée et rendant hommage au poète et philosophe italien Dante Alighieri et à La Divine Comédie dont La porte de l’enfer est une transposition, elle représente le poète donc le créateur, à la fois corps nu doté d’une impressionnante musculature et esprit en réflexion, la tête pensante posée dans le creux de la main.

Cette pose, inspirée de Michel Ange et de son Tombeau de Laurent de Médicis, également d’Ugolin entouré de ses quatre enfants de Jean-Baptiste Carpeaux, représentent Dante, Rodin et au-delà d’eux tous les authentiques artistes observant et méditant sur les cercles de l’enfer, ceux qu’ils auront traversés puis dans leurs œuvres sublimés et dont ils offrent à l’humanité cette trace existentielle résumant la condition humaine.

On le voit, pour Rodin, Le penseur (ou Le poète, premier nom qu’il attribua à cette œuvre) conjugue la force et la nudité d’un corps qui pourrait être celui d’Adam, le premier homme, également celui de tout homme vivant, ce que suggère l’absence de tout vêtement, avec la puissance de l’esprit en action qui se réserve un temps de pause et de réflexion. L’acte de penser, comme celui de créer, imposent une distance, une distanciation, un arrêt sur image tandis qu’autour les gargouilles gesticulent et hurlent.

Comme Dante avant lui Auguste Rodin, la tête reposée au creux de la paume, s’interroge, rentre en lui-même, s’immobilise un instant avant de reprendre l’ouvrage. Le corps, sculptural, puissant, ne frémit pas, solidement accroché à son socle. L’esprit, quant à lui, est d’autant plus libre qu’il s’est détaché du corps. Il a atteint cette légèreté propre à quiconque s’extrayant des cercles de l’enfer s’accorde un temps de respiration, un temps où le mouvement cesse, où l’action se fond avec l’éternelle immobilité.

Ainsi que dans La divine comédie Dante l’écrivit :

« Nous descendîmes sur le dernier bord du long rocher, à main gauche, et alors ma vue pénétra plus avant vers le fond, où, ministre du haut Seigneur, l'infaillible justice punit les falsificateurs, que là elle registre. Je ne crois pas que plus triste à voir ait été, en Egine, le  peuple tout entier malade, quand l'air devint si pernicieux, que les animaux, jusqu'au plus petit ver, périrent, et qu'ensuite, comme les poètes le tiennent pour certain, l'antique population se reproduisit de la semence des fourmis, - que triste était de voir, dans cette obscure vallée, languir les esprits amoncelés çà et là. Tel sur le ventre, tel sur les épaules d'un autre gisait, et tel à quatre pattes se traînait par le triste sentier. Pas à pas ils allaient sans parler, regardant et écoutant les malades qui ne pouvaient se lever. J'en vis deux assis, appuyés l'un contre l'autre, comme s'appuient des bassines à tenir chaud, et, de la tête aux pieds, souillés de croûtes. Jamais je ne vis valet que son maître attend, où celui qui mal volontiers veille, mouvoir l'étrille aussi vite que chacun de ceux-là mouvaient sur soi le tranchant de leurs ongles, à cause de la rage du prurit devenu insupportable : et les ongles en bas raclaient la gale, comme le couteau les écailles du scardove, ou d'un autre poisson qui en ait de plus larges ».






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