Qu'est-ce que l'érotisme ?
Ce qu’on nomme érotisme et qui vient du grec eros se rattache à des représentations, notamment
artistiques, éveillant l’attirance et le désir sexuel, donc des projections
mentales générées par le canal de l’imagination.
Implicite et suggestion sont au cœur de l’érotisme. Ce qui est montré,
que ce soit une partie du corps sortant du vêtement, moulé voire rendu visible
par un effet de transparence de ce dernier, ou le corps entièrement nu,
magnifie tant ce qui est montré que ce qui n’est pas visible et rend le sujet
de l’excitation et du désir sexuel encore plus beau par cette sollicitation de
l’imaginaire.
L’érotisme, nous le savons, ouvre la porte du fantasme et de la
fantasmagorie, c’est-à-dire qu’il met l’observateur en situation à partir d’une
photographie, d’un tableau, d’une vidéo ou d’une séquence de film à glisser
entre ce qui est représenté face à lui et lui-même le scénario qu’il désire.
Il s’agit donc d’un ressort tant de séduction que de fantasmagorie
où celui qui se montre et celui qui observe se parlent sans se toucher dans
leurs représentations fantasmées respectives. Non pas que l’un soit
nécessairement voyeur et l’autre exhibitionniste car en érotisme les rôles
peuvent, et c’est heureux, s’interchanger.
« Le meilleur
moment de l’amour c’est quand on monte l’escalier », écrivit Georges
Clémenceau, focalisant ainsi le désir dans sa partie la plus accomplie sur ce
que l’on pourrait qualifier de préliminaires aux préliminaires, sachant qu’au
contraire d’une séquence horizontale l’érotisme ne contient en soi aucune
implication nécessaire en termes de passage à l’acte.
Si l’érotisme a à ce point depuis l’Antiquité pénétré les arts
et notamment les arts sculpturaux et picturaux puis à compter de notre époque
photographiques et cinématographiques, c’est qu’il pénètre par cet appel à l’imaginaire
la dimension artistique du créatif, lequel travaille lui aussi sur le phénomène
de projection. Dans l’art érotique, le corps devient la matière c’est-à-dire le
sujet incarné de la projection. L’érotisme devient ainsi une joute, un appel
vers le corps de l’autre, et telle la caresse il invite le partenaire au travers
de la projection de son désir à investir son corps, que ce soit le sien propre
ou celui qui est sur la photographie.
Socrate, dans Le Banquet,
exposait que l’érotisme visait, plus haut qu’à la complémentarité des amants,
au Vrai. L’érotisme réfute l’enfermement du corps sur soi, il tend à l’éveil
des pulsions qui entre sexes opposés conduit le mortel à la reproduction, il
sacralise le corps de l’autre au nom du désir fantasmé et fait de l’être désiré
un demi-Dieu en lequel abandonner ses pensées.
Ainsi avons-nous enfant contemplé épris d’un désir informulé les
muscles saillants des héros de bandes dessinées et de films, des statues gréco-romaines,
tant de personnages représentés sur les peintures classiques exposées dans nos
musées …
On le sait, l’érotisme s’oppose à la pornographie, laquelle
expose et donc impose le fait de montrer l’acte sexuel, ce qui peut exciter
mais de manière bien plus pauvre. La pornographie repose sur la jouissance et
sur l’acte, l’érotisme sur le désir et sur le fantasme du corps de l’autre. Une
séquence où l’on voit un homme le sexe en érection demeure dans le champ
purement érotique, le fait de montrer un sexe en érection n’étant en rien en
soi pornographique. Si cet homme dans la séquence suivante pénètre une femme ou
un homme alors nous basculons dans cette antithèse à l’érotisme, car ainsi
exposé l’acte sexuel (et non le sexe en position non reposée) éteint l’imagination.
Songerait-on une seconde qu’un état naturel (ce qu’est un sexe en érection)
soit autre chose qu’érotique ? N’est-ce point naturel, à défaut d’accepter
de se faire photographier ainsi, de bander ? Est-ce que la vue de ce sexe
en érection éteint le désir, sachant que celui qui est au centre de la photographie
ne fait rien d’autre que cela, et que c’est nous qui regardons la photographie
qui imaginons ce qui à partir de cette vision crée notre désir ?
Credits - Mark Beard : https://www.instagram.com/smarkbeard/

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