STOP THE STEAL : retour sur la plus grosse pantalonnade de toute l'histoire des Etats Unis d'Amérique.

 

Introduction : à peine désigné candidat, Trump entrevoit la possibilité d’une défaite.

 

Nous sommes le 17 mars 2020.

 

En fonction depuis janvier 2017, le président Donald Trump vient d’obtenir, après une période de turbulences (le plus long shut-down de toute l’histoire de la politique américaine avec le refus des démocrates de voter le budget 2019, la tentative ratée de la procédure de destitution, le retournement de la situation économique en raison de la pandémie de COVID), l’investiture de son parti pour concourir à un second mandat.

 

Bien qu’il ait été depuis son arrivée surprise dans le Bureau Ovale un des présidents les plus impopulaires (et de très loin le plus décrié) qu’aient connu les Etats Unis d’Amérique, il conserve néanmoins une base militante puissante qu’il harangue régulièrement dans des meetings qui tiennent davantage de one man shows à sa personne dédiés que de réunions politiques.

 

Critiques, les observateurs se désolent de la faiblesse des candidats démocrates et notamment de ce Joe Biden que l’on oppose à cet empereur de la téléréalité en campagne permanente qu’est le milliardaire de Mar-a-Lago. Ce dernier a courant mars encore ses chances. Lesquelles, avec sa gestion désastreuse de la pandémie de COVID qui va accélérer la destruction momentanée d’une économie américaine que jusque-là son administration avait plutôt bien géré, puis de sa reprise en main brutale dès l’été des mouvements de contestation suite à l’assassinat de George Floyd, vont lentement se réduire.

 

Depuis la Maison Blanche, Trump qui tel un grand brûlé donné mille fois mort se relève à chaque fois de ses blessures tel le personnage interprété par Leonardo di Caprio dans The Revenant voit d’un œil inquiet l’horizon s’obscurcir. S’il fait peu de cas de ce Joe Biden qu’il prend pour un vieux sénile à la mémoire et à l’élocution défaillantes qu’il n’aura aucun mal à écraser lors de débats télévisés (Trump, à l’antenne, catapulte absolument tout le monde, dès que les caméras tournent, difficile sur ce point de lui donner tort, celui qui tient le show c’est encore et toujours lui), il s’inquiète de voir la confiance du peuple américain glisser sous le tapis. Il pourrait non pas perdre contre Joe Biden mais en tant que Donald Trump, par rejet donc, ce qui revient au même.

 

Pour cet as du coup d’état médiatique permanent, il y a une carte à jouer pour éviter l’impensable.

 

Ce sera Stop the steal, la plus grosse arnaque jamais montée pour laver le cerveau des électeurs avant le jour du scrutin.

 

I/ Stop the steal : le plan ourdi par Trump pour arrimer sa base à un narratif frelaté.

 

Trump, sa base MAGA en est une parfaite incarnation, est capable de faire croire à des gens dont le cerveau est connecté sur son compte Twitter depuis n’importe quelle ferme du Michigan ou du Texas absolument n’importe quoi : Hillary Clinton et le pizzagate, les chemtrails, les élites pédophiles de l’Etat profond démocrate, Joe Biden et son goût prononcé pour la chair fraîche, sans compter toutes les fake news les plus crasses médiatisées par le millionnaire réactionnaire, depuis condamné et ruiné, Alex Jones, chez qui Trump en 2015 alla se faire interviewer.

 

Quand on dispose d’une base de supporters qui gobe les insanités les plus absurdes depuis des années qui feraient presque passer les fermes à trolls russes pour des sociétés de production de documentaires, quoi de plus simple que de construire un narratif consistant à ancrer dans la tête de dizaines de millions d’américains une adaptation contemporaine du fameux « Face je gagne, pile il perd » ?

 

II/ Stop the steal ou comment conjuguer une fake news d’envergure avec les lois du scrutin présidentiel.

 

Sur quoi repose cette fiction patiemment entretenue par des mois de lavage de cerveau qu’est le fameux Stop the steal ? Tout bonnement sur une loi électorale connue par tous les spécialistes du scrutin aux Etats Unis : les grandes métropoles à la concentration démographique importante sont plutôt de tendance démocrate et l’intérieur du pays républicain.

 

Quand on vit à New York, qu’on passe sa vie à faire la queue, à subir les embouteillages et qu’on a peu de temps pour sa vie de famille, on a plutôt tendance à privilégier le vote par voie postale ou électronique afin d’éviter quatre heures d’attente dans la queue d’un bureau de vote. Surtout en pleine période pandémique où faire la queue au milieu d’une foule fait craindre à la contamination !

 

Quand au contraire on vit dans un patelin du Far West ou de l’Illinois, cette attente se réduit à une peau de chagrin du fait du peu de concentration de la population sur place. Se déplacer au bureau de vote revient à aller faire ses courses : une heure grosso modo aller-retour.

 

Quand comme Trump on sait cela, on en déduit ce que vous et moi anticipons : les républicains votant globalement dans les bureaux de vote davantage que les démocrates, les premiers dépouillements donneront Trump gagnant. Et à mesure que dans les jours suivants on dépouillera les votes par correspondance et que l’on comptabilisera les votes électroniques, l’avance constatée diminuera.

 

Les intentions de vote à quelques mois du scrutin étant extrêmement serrées voire selon certains instituts en défaveur du président sortant, le risque d’échec est plus que patent. Ce à quoi va s’attaquer l’opération Stop the steal lancée par Trump en personne dès la fin du printemps 2020 depuis son compte Twitter.

 

Le narratif proposé est assez simple à comprendre : si je perds, c’est qu’en face ils ont triché, si je gagne tout va bien. Sur un public captif au point de relever quotidiennement les traces laissées par les avions dans le ciel et de les publier sur Facebook avec des tas d’émoticônes horrifiées depuis dix ans, il convient de faire simple, ces gens-là, extrêmement nombreux, n’ayant pas ouvert un livre depuis l’obtention de leur baccalauréat.

 

III/ L’état profond, Dominion et la fraude sur les votes électroniques.

 

L’idée est donc d’ancrer dans les cerveaux que l’état profond en coulisses travaille à truquer le résultat en bidouillant à la fois les votes électroniques (le fameux logiciel Dominion sur lequel les trumpistes font se palucher pendant des mois) et les votes par voie postale, c’est-à-dire pour faire simple le gros des votes démocrates.

 

Il y a là dans cette astuce qui relève de l’application des connaissances des lois électorales de base des USA quelque chose d’absolument fascinant à observer : sur un public totalement inculte on parvient facilement à faire croire exactement ce qu’on veut et à le planifier des mois à l’avance.

 

IV/ Les meetings inexistants de Joe Biden.

 

D’autant que, et la fan base du président sortant, relayant la vulgate de leur héros, appuiera sur une réalité observable par tout-un-chacun que les petits cerveaux shootés à ce qu’ils appellent « le bon sens » vont interpréter de travers : autant les meetings de campagne de Trump (qui se contrefiche, lui comme ses électeurs qui croient que le COVID est une petite grippe, des gestes barrière) rassemblent des foules impressionnantes comme au bon vieux temps, autant papy Biden semble animer des kermesses derrière un masque.

 

« Si Biden ne rassemble personne c’est qu’il n’a pas d’électeurs », chouinera la Q-Anon Marjorie Green avant de reprendre sa place sur le terrain de golf de son patelin.

 

Sauf que dans un cas on a un matamore qui après avoir nié la pandémie a tout fermé d’un coup et qui joue à « même pas peur le virus » autour de ses aficionados (et qui ira faire un saut à quelques semaines du scrutin à l’hôpital avec une fièvre de cheval) et dans l’autre son concurrent plus prudent qui avec une tête d’immunodéprimé ne fait prendre de risques à personne et notamment pas à lui-même vu son grand âge.

 

On est d’accord, cette histoire de foule ou d’absence de foule à un meeting, sur un plan électoral, ça ne prouve strictement rien. Sauf pour les trumpistes !

 

V/ Groland s’invite à la soirée électorale.

 

Tout est donc en place pour une soirée électorale des plus ubuesques, le scénario, parfaitement rodé, étant prêt depuis des mois.

 

Dès les premières heures, celui qui d’après ses dires ne pouvait que gagner annonce qu’il a en effet remporté l’élection. Hourra dans le Michigan. Puis la soirée au bout d’une heure dérape : Biden évidemment remonte ! Trump alors, s’appuyant sur une interprétation toute personnelle de sa définition de fonction, ordonne à qui veut l’entendre d’arrêter de compter les voix.

 

Arrêter de compter les bulletins alors même que des dizaines de millions n’ont pas été dépouillés ? Dans le cerveau de ses électeurs, ça passe crème. STOP THE STEAL !, hurle le mauvais perdant, qui finit par se faire couper le sifflet par des journalistes de plateau (les fameux médias de l’Etat profond !) qui n’avaient jamais vu ça ! Lequel se fera en paquet cadeau fermer son compte Twitter après y avoir balancé dix ans d’affilée des cascades de fake news à raison de 40 par jour.

 

Le 7 novembre 2020, la messe est dite : Biden remporte comme prévu par les instituts de sondage l’élection. 305 voix de grands électeurs contre 232. Disons-le ici : ce n’est pas qu’il ait fait une brillante campagne (il était en effet à la limite de l’admission en EHPAD) mais c’est que son concurrent, fortement rejeté, a perdu.

 

Sauf que cet échec particulièrement humiliant la psychologie de Donald Trump et avec lui de sa cohorte de moutons ne peut tout bonnement pas la penser.

 

Ce qui va suivre va donc catapulter le scénario de Stop the Steal dans la quatrième dimension. Du jamais vu aux Etats Unis d’Amérique !

 

VI/ La contre-offensive politico-judiciaire de la War Room de Trump.

 

Réunissant ses plus fidèles dans sa War Room, Trump va à compter de novembre et jusqu’à l’investiture de son compétiteur multiplier les coups les plus tordus. Sur le plan judiciaire d’abord, en plaçant Rudolf Giuliani à la tête d’une armada d’avocats qui vont lancer une série de contestations devant les tribunaux, lesquelles vont une à une se manger le mur des lamentations y compris devant des juges conservateurs.

 

Cette offensive judiciaire va culminer avec une tentative de faire plier la Cour Suprême dont six membres sur neuf (dont trois nommés par Trump en personne) sont républicains, et qui refusera obstinément de se laisser instrumentaliser.

 

Trump fera pression sur son propre Ministre de la Justice, lequel sera remplacé. Le secrétaire d’état de Géorgie à son tour connaîtra les tentatives de pression du perdant pour faire invalider les résultats, et ne cédera pas davantage.

 

Enfin ce sera au tour du Vice-Président Mike Pence, sommé de déclarer à la Chambre des Représentants la victoire de Trump.

 

Lui aussi refusera de se laisser entrainer.

 

VII/ Les sous-doués envahissent le Capitole pour des prunes.

 

Toutes les pressions judiciaires et politiques ayant échoué, il ne reste à quelques jours de l’intronisation de son successeur qu’une seule carte à celui qui a décidé contre une majorité de plus en plus écrasante d’élus républicains de rester en poste : tenter un coup d’état. Ce sera le Capitole.

 

Prenant appui sur les fanges les plus extrémistes de ses soutiens, Trump rameute ses troupes devant la Maison Blanche pour un ultime meeting en guise de bras d’honneur à ce système qui quatre années auparavant l’a placé sur la plus haute marche du pouvoir. Courageusement protégé par un mur de plexiglas, le voilà qui excite ses troupes à prendre d’assaut la chambre des représentants où les députés démocrates et républicains sont en train de ratifier le résultat du scrutin présidentiel.

 

Chauffée à blanc par le matamore sous un froid polaire, la cohorte d’excités rameutée en cars depuis les quatre coins du royaume quitte le meeting et se précipite vers le Congrès. Sans respect envers les gardiens de la paix en faction, ces adeptes de l’ordre pour d’autres qu’eux-mêmes les bousculent puis pénètrent sans aucune hésitation par une fenêtre non sécurisée brisée en mille morceaux (auraient-ils eu les plans à l’avance ?) dans le bâtiment d’où peu avant furent évacués les congressmen.

 

A l’intérieur, ce qui se passe est digne de Groland. Nos Q à neuneus ont pénétré le château- fort désert mais ne savent absolument pas quoi faire. Faire tomber le congrès ? Mais il est vide ! Les voilà à l’intérieur à beugler puis à se précipiter écraser leurs crottes de nez sur le bureau de Nancy Pelosi.

 

Comme coup d’état, on a vu mieux.

 

Résultat ? Cinq morts dont un agent des forces de l’ordre, et un Trump qui à peine informé de la pantalonnade qu’il a lui-même provoquée rétropédale non sans gronder ceux qui ont fait ce pour quoi il les avait programmés.

 

Conclusion : et HOP, direction l’hélicoptère et Mar-a-Lago !

 

Reconduit à la Maison Blanche, le triste clown avait demandé à son chauffeur de le conduire au Capitole rejoindre sa bande de pieds nickelés. Fort heureusement l’officier de sécurité en poste aux côtés de celui qui n’était plus président parviendra à lui forcer la main.

 

Mec c’est bon !, a-t-il dû lui dire en substance. T’as fait assez de dégâts comme ça, on te ramène au Palais, tu plies tes cannes de golf et hop, direction l’hélicoptère et Mar-a-Lago !





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