Affaire Rachida Dati/ Renault Nissan : ça va faire PSCHIT !
Introduction :
un procès qui met fin au tribunal médiatique.
Ce
mercredi 16 septembre s’ouvre à Paris le procès intenté contre Rachida Dati
pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire Renault Nissan suite à la
plainte déposée contre Carlos Ghosn (absent) et contre elle par la branche
française du consortium automobile.
Cette
affaire a déjà fait couler beaucoup d’encre et valu à l’ancienne Ministre de la
Culture des tombereaux d’accusations émanant du tribunal médiatique. Pour
une part non négligeable de l’opinion parmi lesquels son victorieux compétiteur
de la bataille de Paris Emmanuel Grégoire, la présumée innocente, ce qu’est
Rachida Dati à cette heure, est coupable. Sa comparution devant le Tribunal
Correctionnel va je l’espère remettre les pendules à l’heure et la justice
faire son travail.
En
attendant, sans m’y substituer, permettez-moi de revenir sur ce dossier à
propos duquel j’ai lu et entendu énormément d’âneries émanant de gens qui
contrairement à moi ignorent tout du monde des affaires, de ses us et coutumes.
Je fus longtemps dirigeant d’un cabinet de stratégie des Ressources Humaines
pour le compte de Présidents de grands groupes, une fonction comparable à celle
qu’occupa Madame Dati en tant qu’avocat d’affaires. Ce passé professionnel me
donne des clefs de compréhension ô combien plus fines que celles de Monsieur et
Madame Tout le Monde, fussent-ils journalistes de métier, lesquels, je le
déplore, pour beaucoup d’entre eux ne bossent pas leurs sujets et cherchent
avant tout le sensationnel.
I/
Contexte politique et économique de l’affaire Renault Nissan.
Revenons
en arrière. 2009, Rachida Dati, débarquée contre son gré de la Place Vendôme
par le président en exercice Nicolas Sarkozy, devient députée européenne.
Là-bas elle arrive les pattes en arrière et comme l’ont fait avant et depuis
nombre de ses collègues elle s’inscrit comme avocat d’affaires le plus
légalement du monde.
Parallèlement
Carlos Ghosn qui a racheté le japonais Nissan a fait de l’ancien constructeur
automobile de Boulogne Billancourt le premier consortium mondial. Une réussite
entrepreneuriale éclatante qui auréole cette France où beaucoup n’aiment pas
ceux qui réussissent.
Intégrant
le Gotta mondial des affaires, le libano franco portugais devient en même temps
une cible, notamment pour les japonais, lesquels en matière de préférence
nationale sont des champions et lui feront payer la note en 2018.
2010. Quelques
mois avant le déclenchement des printemps arabes. Des bruits secouent les chancelleries.
En Tunisie, en Egypte et ailleurs, des séditions s’organisent et des
forteresses peuvent tomber : en d’autres termes des régimes forts avec lesquels
« on », c’est-à-dire les dirigeants de Renault Nissan, traite pour la
simple raison qu’ils possèdent une usine sur place.
Nous
parlons de la Maison Mère, celle dont les comptes pourraient être plombés si jamais
un nouveau régime mettait la main sur une usine. Car une usine sur le plan
comptable c’est quoi sinon un centre de coûts et une immobilisation c’est-à-dire
du capital bloqué ? Arrêtez son activité et ce qui crache du résultat se
résume à une perte sèche qui augmente chaque jour. Et le risque existe dans
quatre pays où quatre usines Renault sont implantées. Ce qui pour le
dirigeant à la tête des intérêts des actionnaires constitue un risque majeur,
lequel doit être (c’est le fond même de sa mission) maitrisé et éliminé.
Ce que
va faire Carlos Ghosn.
Lequel
est cerné par des avocats d’affaires cinq étoiles, ce qui compte-tenu de son
titre et de sa place dans le monde des affaires est tout-à-fait compréhensible.
Sauf que le profil dont il a besoin est tout-à-fait particulier. Pour l’ancien
chasseur de têtes que je fus cela s’appelle un mouton à cinq pattes. L’avocat
d’affaires (il s’agit bien de ce métier spécifique car il faut dealer avec des
états et représenter les intérêts d’un
consortium, ce n’est donc pas le job d’un
diplomate) doit avoir le carnet d’adresses idoine : en d’autres termes la crédibilité
et le contact pour avoir rapidement qui il veut par exemple dans l’appareil d’état
de Ben Ali en Tunisie afin de négocier toutes les garanties nécessaires pour
que l’usine soit à l’abri de crises et de mouvements politiques (confiscation,
fermeture forcée etc.).
II/
La mission de Rachida Dati pour le groupe Renault Nissan.
Et c’est
là que Rachida Dati entre en scène : le profil, elle l’a, et sur le marché
elle est quasiment la seule, en tout cas la mieux placée dans une short list. Ancienne
ministre d’un président en exercice, mondialement connue, avocate d’affaire,
ancienne magistrate, parents d’origine maghrébine, qui dit mieux ?
Ghosn a
donc sa prestataire : avec Rachida Dati la prise de contact se fera
rapidement, c’est elle qui contactera les appareils d’état et qui obtiendra les
garanties en fonction des paramètres financiers et juridiques que le groupe lui
fournira.
Parlons
argent et honoraires à présent puisque tout-un-chacun glose sur cette somme
agitée comme un chiffon rouge de 900 000 euros. Déjà, il s’agit d’argent
privé. C’est important de le mentionner car cet argent empoché par la
structure de Rachida Dati vient des caisses de Renault Nissan. Ensuite il s’agit
d’honoraires et non de salaire, auxquels il convient d’appliquer une imposition
et des cotisations concernant le volet « chiffre d’affaires » sur la
société d’avocat de l’eurodéputée et une imposition personnelle sur la partie à
la louche équivalente à 300 000 euros de salaire qu’elle aura de ses 900 000
touchée.
Ceci
pour répondre à ceux qui pensent qu’elle a empoché 900 000 euros au titre de rémunération
personnelle, ce qui est totalement faux. Le différentiel passe largement de 3 à
1. On trouvera toujours des râleurs pour estimer que c’est trop, mais les
râleurs ne sont en rien un thermomètre de la seule chose qui compte ici :
la légalité.
Venons-en
au point suivant : la valeur ajoutée de Madame Dati envers son client.
En l’occurrence elle est énorme. Car Renault Nissan a évidemment an amont fait
les comptes : une usine bloquée c’est 300 000 euros de pertes par jour.
Donc Rachida
Dati en honoraires a encaissé trois fois cette somme soient trois jours de
fermeture. Restent 362 jours pour une usine et trois fois 365 jours pour les 3
autres étant donné que son scope d’intervention c’est quatre pays et quatre
usines. Une usine arrêtée c’est un personnel à l’arrêt qu’on continue à payer,
des équipements robotiques pointus extrêmement chers qui ne produisent plus
rien, une infrastructure informatique de pointe, de l’électricité etc. Le coût
journalier en pertes sèches est phénoménal.
Voilà
pour ceux qui argumentent que l’ancienne ministre s’est bien sucrée. Sur un
plan purement comptable elle a fait économiser à son client une fortune et encaissé
une goutte d’eau.
III/
Le prisme des magistrats du PNF.
Terminons
sur le point soulevé par les magistrats du Parquet Financier qui à mon sens
traduit une absolue méconnaissance de ce dont ils jugent : l’absence d’écrits
ou tout du moins le peu de dossiers remis par Madame Dati attestant qu’un travail
a bel et bien été effectué par sa société. Cet argument reproché à Rachida
Dati, on l’aura entendu cent fois sur nos antennes, répété en boucle par des
journalistes incultes quant à ce qui s’appelle la culture du monde des
affaires.
Sur quoi
travaillait l’eurodéputée sinon sur un secret dans le monde des affaires ?
J’en sais quelque chose, je suis intervenu à de très nombreuses reprises pour
le compte de patrons m’ayant par le passé sollicité pour faire la cartographie du
climat social interne dans les moindres détails et notamment les moins
dicibles, également pour aider à libérer un directeur d’usine séquestré.
Dans ce
genre de missions confidentielles au plus haut point, tout écrit est proscrit :
il peut fuiter et créer une catastrophe s’il tombe dans de mauvaises mains. On s’organise
aussi dans la paranoïa vis-à-vis notamment des services internes car on ne peut
pas maitriser que la petite assistante comptable tombant sur le libellé trop
précis d’une facture ne passe un coup de fil à son collègue syndiqué. Si vous
mettez pour objet sur la facture : « aide au solutionnement de la
séquestration de Monsieur X », inutile d’aller négocier sur place !
Donc on reste dans le flou volontairement et surtout on n’écrit rien qui puisse
dans le cas de Renault être hacké (on parle du numéro un mondial) ou utilisé à
mauvais escient. Tout se fait essentiellement par oral. Cer sont les mœurs et c’est
ainsi.
En
outre nos magistrats du PNF qui font eux aussi en quelque sorte partie de ce qu’on
appelle l’univers du service, pour eux le travail c’est-dire la preuve qu’un
travail a été effectué se mesure par le volume de dossiers rédigés. Ils ont
donc jugé le travail de Madame Dati selon leurs propres critères sans songer un
instant que pour juger quelqu’un il convient de chausser les lunettes du
prévenu présumé innocent. L’erreur commise, qui est tout sauf neutre, c’est
ça. Cela s’appelle un prisme.
IV/
Les audiences remettront la vérité au centre des débats.
A
présent le procès, le seul qui compte, s’ouvre aujourd’hui. Présumée innocente,
Rachida Dati au travers de sa défense fera évidemment valoir ce qui précède.
Elle qu’on a trainé dans la boue a dorénavant face à ses pairs enfin l’occasion
de se défendre. Je gage qu’elle sera acquittée car je la sais depuis le début
innocente des faits qui lui sont reprochés. D’autant qu’en outre ses interventions
au Parlement (les questions qu’elle a posées) ne concernaient pas Renault
Nissan en particulier mais la filière automobile dans son ensemble.
Cette affaire
vous le verrez finira par faire pschitt parce qu’elle est vide.
Je précise
pour conclure que je ne connais pas à titre personnel Madame Dati, que je ne
suis pas de son bord politique, que contrairement à beaucoup je sais de quoi je
parle du fait de ma carrière passée et que je déteste le tribunal médiatique.

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