Dans la peau de Marine Le Pen
Introduction :
Les pattes en arrière
On sait
que Marine Le Pen, traumatisée par l’attentat de 1976 contre sa famille, le départ
houleux de sa mère et la réputation sulfureuse de son père, ne se destinait initialement
pas à une carrière politique, bien au contraire. Il fallut une conjonction d’évènements
pour la faire changer de cap sous l’impulsion paternelle : le départ de sa
sœur ainée Marie-Caroline aux bras d’un mégretiste puis la désaffection des
cadres du FN le soir du 2ème tour en 2002 pour aller porter la
parole du perdant sur les plateaux TV. Où elle creva l’écran.
I/
Fifille tenue en laisse.
Jean-Marie
découvre avec la France entière que sa benjamine chérie est une bête de scène :
quand on a une pouliche de ce calibre, a fortiori sa fille chérie, on la met en
avant. Voilà la jeune Marine intégrant les instances du FN où les vieux caciques
jalousent Fifille que papa leur impose : autrement plus sexy que Marie-France
Stirbois ! On commence, et les journalistes en premier, à s’attacher à
cette blonde à la voix rauque qui ne goute guère aux dérapages verbaux du
patriarche sur les chambres à gaz. Quand papa dérape, Marine boude …Puis revient.
2007,
dernière campagne du Menhir avec Alain Soral en spin doctor. Marine fait les
marchés mais reste discrète. C’est encore le FN à papa, elle ne se sent pas
trop à l’aise en compagnie de Gollnisch et des autres screugneugneu de
Montretout. Puis papa régresse à 10% et commence à vouloir transmettre le
flambeau sans pour autant lâcher le gouvernail. Ce sera 2011 et donc Fifille.
A peine
élue qu’il la cornaque. « Tu devrais prendre des cours de diction »,
lâche-t-il face caméra à la jeune présidente, laquelle pour sa 1ère
campagne, celle de 2012, fait mieux que papa en 2002.
II/
Fifille s’affranchit.
Humiliant :
il la considère toujours comme sa chose, son bébé. Tu feras de la politique, tu
vas prendre le parti, tu fais comme je dis. Lassée, Marine sans boussole tombe
nez-à-nez avec un énarque sorti des écuries de Chevènement : Florian
Philippot. Pas vraiment la came du Menhir. Elle va donc le voir en se planquant
quelques mois et il va littéralement lui remplir son disque dur. De là naitra
une ligne politique clairement antagoniste avec celle de papa, lequel, surtout
quand sa benjamine enverra Florian dans les médias à sa place, multipliera
cacas nerveux et provocations. Jusqu’à Rivarol en 2015, Le Pen sorti par les
cheveux du Paquebot et Jeanne Au secours.
2017 :
Marine est sous l’aile des deux frères Philipot, Florian dans la lumière et Damien,
sondeur à l’IFOP, dans l’ombre. Sa ligne correspond à la leur et le moins que l’on
puisse dire est qu’elle fluctue. Sortie de l’U.E, sortie de l’euro, oui mais non.
Les cadres du FN surbookent l’agenda de la candidate, laquelle arrive crevée,
impréparée et migraineuse sur le plateau du débat avec Emmanuel Macron où elle
mettra deux minutes à s’auto-flinguer de manière spectaculaire.
Exit
Philippot. La gifle narcissique est colossale, Marine mettra plusieurs semaines
à sortir du trou. Et si papa avait eu raison ? Elle n’a pas pu ne pas se
poser la question. Comble du comble : Marion, sa nièce chérie qu’elle a élevée,
se casse et va fonder un institut politique à Lyon. Marine est seule. On la dit
finie.
III/
Et Dieu créa Marine.
2017/2019 :
sa traversée du désert va la renforcer. Un animal politique se forge dans les
difficultés et dans l’adversité. Consciente de ses lacunes, Marine va lentement
se métamorphoser. D’abord en changeant le nom du parti. Sur l’instant on trouve
ça gadget, sauf qu’avec ce qui aura été effectué depuis la renaissance est née
là. Ensuite en changeant de fond en comble son image. On la qualifie d’hommasse,
de brute, de gueularde ? Elle va se féminiser. Dans la vie elle est une
femme trompée puis plaquée. Sur les marchés du Nord de la France elle est
Marine, cette femme blonde et vigoureuse qui a le contact, la bise et le selfie
faciles. Elle va devenir plus chaleureuse, moins agressive en débat, plus
souriante.
2019
pour les européennes, plutôt que se mettre en avant, elle sort du placard d’une
de ses nièces un tout jeune homme, Jordan Bardella, qu’elle va littéralement promouvoir
comme le ferait une maman. Ce n’est plus la petite Marine qui écoute sagement
Papa puis Florian mais une femme d’expérience qui investit sur une jeune pousse.
Laquelle va éclore. Puis ce seront les chats, l’ouverture de sa maison à Karine
Lemarchand. On découvre une Marine Le Pen partageant une jolie maison avec une
amie de longue date, réconciliée avec sa mère Pierrette, et qui a la main
verte. La carte féminine brandie avec une forme d’élégance et de
professionnalisme. On a presque oublié le crash du débat de 2017.
IV/
Marine consolide.
2021 :
à peine remise en selle qu’un certain Zemmour récite son épitaphe, repris en cœur
par des médias complaisants. On la dit finie, elle bat la campagne, et tandis
que son compétiteur de 1m60 nous agite re-migration et grand remplacement, elle
nous parle pouvoir d’achat. Sujet de bonne femme, ricane la star de CNEWS. Sa nièce
Marion puis certains de ses cadres filent chez Zemmour, elle leur demande de
bien vouloir fermer la porte derrière eux et ne moufte pas. Sûre d’elle.
Sa
thématique de bonne femme était en fait un des thèmes si ce n’est le thème
majeur qui préoccupait la France en 2022. La dame aux chats, à force d’avoir
mis ses phéromones sur tous les marchés de la France périphérique, avait vu
juste. Dès février c’est la remontada. Face à Zemmour elle rassure, il l’a
normalisée.
Finie
la fille d’Hitler et de Mussolini. En 2022 les français ont reconnu Marine et
lui ont accordé un très beau score au second tour : 42%.
Elle
aborde le second quinquennat dans une excellente forme. 89 députés : elle
prend intelligemment la tête du groupe à l’assemblée et confie le parti au
jeune Bardella. A lui la turbine, à moi la défense de vos intérêts. Elle impose
à son groupe une discipline : ponctualité, être bien habillé, rester courtois.
Et met en lumière un certain Jean-Philippe Tanguy dont on va petit à petit
comprendre qu’on tient là non seulement l’antithèse de Jordan l’instagrameur
mais un plus que bon, respecté par ses collègues et par la presse pour sa
connaissance aigue des dossiers et pour ses qualités de communicant.
A l’assemblée
Marine Le Pen devient quotidienne, on la voit et on l’entend tout le temps tout
en découvrant à ses côtés une dream team. Par opposition, les débraillés de LFI
deviennent le nouvel épouvantail à moineaux et Mélenchon le nouveau diable de
la république au profit d’un RN enfin respectable.
A
compter de 2023 la cheftaine tutoie les sommets de la popularité. La dédiabolisation
est achevée.
2024,
Bardella triomphe aux européennes, Macron dissout, le RN se renforce, Marine
félicite ses troupes, ils ont encore progressé. Ce sera pour 2027, le coup d’après.
Barnier et Bayrou c’est elle avant tout qui les fera puis les défera.
V/ L’ultime
cicatrice.
La
quatrième campagne qui cette fois flaire bon la victoire va se prendre un coup
d’arrêt violent : condamnée en première instance et inéligible. Tout un
destin qui bascule. Sentiment d’injustice, ça sent la malédiction, si près du
but et il lui faut céder la place à Jordan.
Sa
défense à la cour d’appel intégrera toutes ses erreurs de son comportement lors
du premier jugement pour les inverser. Cette fois elle respecte les juges,
parle peu à la presse. Elle sent qu’elle va perdre mais entend sortir fièrement
du jeu. Bardella est depuis des mois adulé par la presse et la dépasse dans les
intentions de vote. On la sent presque sereine, acceptant son sort scellé par
avance.
Le 7
juillet rebattra les cartes et laissera tout le monde groggy. Eligible. En
quelques heures la lionne ressuscite, triomphale, sur le plateau de TF1. Tout a
été ficelé lors d’un bref bureau politique. C’est là qu’on reconnait le fauve :
dans sa promptitude à rebondir et à reprendre les rennes. Rennes qu’elle
arrache actuellement à cette jeune pousse trop pressée de lui faire quitter le
haut de l’affiche et qu’à mon sens elle écartera de Matignon sitôt passé le second
tour des législatives en cas d’entrée à l’Elysée.
Conclusion
avant la suite.
Cette
fois le clan Le Pen est uni et rassemblé : Marion est revenue, prête à
limiter l’essor de Sarah Knafo. Marie-Caroline et son mari sont rentrés au
bercail. Pierrette aussi.
Et la tombe
du patriarche régulièrement fleurie.

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