Présomption de légitime défense : et si on dépassait l'opposition Forces de l'ordre vs/ Population ?
Présomption
de légitime défense :
le projet de loi proposé par Laurent Nunez, Ministre de l’Intérieur, posant en
préalable comme son nom l’indique une présomption de légitimation en cas d’utilisation
d’une arme par un de nos policiers, rencontre sur le territoire de très fortes oppositions,
de la rue mais pas seulement. Amnesty International, le Défenseur des Droits,
plusieurs ONG et institutions ont dénoncé ce texte approuvé le7 juillet dernier
à l’Assemblée Nationale et qui doit tout prochainement passer en seconde
lecture au Sénat. Une pétition sur le site de l’Assemblée à ce jour a été
signée par 730 000 personnes.
Certains
experts soulignent que le texte implique que, saisi, le Procureur parte a priori
du principe que le policier était dans son bon droit alors que l’impartialité vaudrait
que ce dernier étudie la saisine qui lui est faite à charge comme à décharge,
qui plus est sur la base d’éléments de preuves fournies par les deux parties,
sachant que les présupposées victimes de tirs policiers n’ont guère la main sur
celles-ci (armes et munitions) au contraire de leurs contradicteurs. Ils
ajoutent que l’intention sournoise du Ministère de l’Intérieur consiste à créer
une protection spéciale et de déplacer la charge de la preuve vers la
famille de la victime.
Tâchons
de recentrer le débat à distance des excès agités comme souvent par les
mouvements d’extrême gauche autour des accusations lancées à longueur d’année
contre nos forces de l’ordre, lesquelles ont pour principale mission de nous
protéger et obéissent qui plus est à une hiérarchie elle-même sous l’autorité d’un
Ministère c’est-à-dire d’une autorité politique. « La police tue », « Permis
de tuer » : ce genre de slogans appelant au soulèvement de la
population contre ceux que nous appelons (et dont l’intitulé de fonction est
justement …) gardiens de la paix s’appelle de la sédition. Il n’y a rien
de pire qu’entretenir une détestation envers celles et ceux dont le difficile
métier est de maintenir dans un cadre strict où abondent les règlementations et
les procédures un peu d’ordre au sein d’une société elle-même traversée par des
explosions de violences y compris dans les discours. Nos policiers, faut-il le
souligner, n’ont pas eux-mêmes proposé cette loi, ils peuvent avoir en leur
sein des membres qui y sont favorables mais également d’autres qui ne le sont
point et une majorité que le sujet embarrasse car il les désigne une nouvelle fois
à la vindicte populaire alors même qu’ils sont des citoyens ordinaires comme vous
et moi.
Pour
autant la dénonciation de ce texte s’appuie sur d’indéniables données chiffrées
qui ne vont pas dans le bon sens, et on peut légitimement comprendre l’inquiétude
populaire. En 2017 en effet, un précédent texte de loi ayant à l’époque élargi
les possibilités d’utiliser une arme à feu en cas de refus d’obtempérer par les
conducteurs a donné lieu à une multiplication par six des tirs mortels sur des
véhicules en mouvement, le tout à partir du même échantillon : les mêmes
agents des forces de l’ordre, identiquement
formés et encadrés que ceux d’avant 2017. Il y a donc bien un effet d’entrainement
sous tendu par le texte précédent, donc une corrélation avec le nombre
de tirs incluant les tirs mortels ou donnant lieu à des blessures.
Ce qui
entre nous est parfaitement logique. L’immense majorité de nos policiers (le
métier de fonctionnaire le plus fliqué en France c’est le leur) respectant la
loi à la lettre, et pour cause, si subitement vous leur donnez la possibilité d’utiliser
leur arme dans des situations où auparavant ils n’avaient pas le droit de l’employer
vous les encouragez à l’utiliser. De même si vous présumez (le texte actuel) qu’ils
sont a priori innocents en cas de tir mortel vous baissez la pression, ce qui
dans une situation de tension (leur quotidien) où leur vie ou celle d’un tiers
est en danger selon leur libre interprétation (laquelle, j’insiste, se fait
dans un climat de tension où la réflexion n’a le plus souvent pas le temps de
se poser car une vie est en jeu, notamment la leur !) eh bien vous ouvrez
une vanne.
C’est
de l’ordre du réflexe à la fois professionnel et de survie.
On voit
bien l’intention du Ministre, laquelle en soi n’est pas à mon sens mauvaise,
loin de là : protéger les policiers trop souvent abattus ou blessés
pendant l’exercice de leur métier. Ce sujet n’est pas secondaire, c’est un
vrai sujet qui en effet nous concerne tous : la vie de nos policiers devrait
faire consensus. Dois-je rappeler que ce sont vers eux que nous nous tournons
en premier dès que nous sommes en danger ou en insécurité et qu’ils risquent
leur vie chaque jour pour nous autres ?
L’ennui
et donc le nœud est que ce qui leur est par ce texte accordé revêt des
incidences négatives pour nous autres et que cela s’inscrit dans un contexte
politique qui tire les ficelles sur fond de scrutin présidentiel et de montée
du RN et de ses idées. Car ce texte que notre actuel Ministre de la Justice
estimait il y a peu démagogique n’est pas né hier. Il fut originellement proposé
par Jean-Marie Le Pen lors de sa dernière campagne, celle de 2007, puis repris
par sa fille, enfin récupéré puis proposé tout récemment par les LR, lesquels
courent après leurs propres électeurs qui les abandonnent au profit de Marine
Le Pen. Le RN a d’ailleurs salué le fait que le parti de Retailleau se soit
rangé (une fois de plus) à ses propositions.
Le RN n’étant
pas à mes yeux le grand méchant Satan, il va de soi que je ne postule pas a priori
que tout ce qui sort de ses cartons est à jeter par définition. C’est historiquement
un parti de l’ordre, de nombreux policiers (pas tous) votent pour ses candidats
car ils retrouvent un écho à leurs préoccupations et cela en soi ne mérite
aucun mépris. Si l’augmentation des violences policières est un vrai sujet,
l’augmentation des violences ciblant nos policiers l’est tout autant, et
plutôt que d’opposer dans une forme de course poursuite vers davantage de
radicalité les deux on tâchait de progresser vers une situation d’équilibre
nous aurions fait de sacrés progrès.
Seulement
voilà : en politique, quand il y a
des places à prendre ou à conserver, on simplifie tout. Et de cela nous autres,
simples citoyens avec ou sans brassard et uniforme nous sommes les jouets.

En 2024 :
ReplyDelete• 27 personnes ont été tuées spécifiquement par des tirs par balle.
• Au total, en comptant toutes les causes de décès liées à une intervention (tirs, malaises lors d'interpellations, poursuites, détention), les bilans varient entre 52 et 66 décès.
• On dénombre 4 militaires de la Gendarmerie nationale décédés en service
• De plus, les bilans officiels font état de 27 policiers et 26 gendarmes qui se sont suicidés.
• Sur le terrain opérationnel, l'exposition reste forte avec 6 700 policiers et 10 000 gendarmes blessés