Storytelling de la vraie fausse brouille (et inversement) entre Le Pen et Bardella
Un sujet obsède actuellement nos commères des médias, c’est celui de la brouille entre Marine et Jordan. Depuis qu’une indiscrétion à des journalistes de Libération a fait fuité que le Benêt des Deux Sicile avait claqué la porte d’une réunion du Politburo à cause de la présence sur scène de Marion Maréchal, c’est la ruée vers l’or du papier qui sert à éplucher les poireaux : Maman et Bichon se font la gueule, Bichon va se barrer, Maman tape sur celui qui s’y voyait déjà, ces deux-là finiront brouillés come des œufs.
Le beau storytelling que voilà pour meubler quelques colonnes, également quelques semaines d’attention dans cette séquence de quatre mois de non campagne qu’on appelle pré-campagne. Une longue séquence où il convient de meubler.
Disons-le, cette brouille a un fond de vrai. Jordan s’y voyait déjà, il avait commencé à rameuter une petite équipe autour de lui et à faire sonner sa petite musique, histoire de ne pas avoir l’air de tomber du nid si la cheftaine, comme à peu près tout le monde l’imaginait alors, n’y allait pas parce que confirmée inéligible.
On n’a pas découvert que Jordan le jet setter n’avait pas de CV, qu’il avait à peine plus de trente ans, guère de convictions sinon celles d’un jeune instagrameur qui communique comme le pékin moyen en costume standard de sa génération. Il lui a fallu définir une originalité, se différencier de celle qui aurait pu être écartée, et son entourage récemment viré par la candidate s’en est chargé en lui remplissant son disque dur de fiches cuisines servant à marketer le produit. Forcément ses conseillers du moment, son ascension c’était leur intérêt à eux : Marine empêchée, les voilà par l’opération du Saint Esprit au plus près du jeune candidat potentiellement élu. Tout ça pour dire que la ligne Bardella, laissez-moi rire, c’est juste un positionnement de circonstance.
A compter du 7 juillet, la cheftaine fait ce que fait tout candidat, elle réaffirme sa ligne et sans couper les grosses têtes fait le ménage. Le staff de Jordan est évacué discrètement, sa ligne mise en retrait. On le laisse s’exprimer histoire de ne pas insulter les électeurs qui pensent comme lui chez les LR de même qu’on ne crache pas davantage sur ceux qui sont sur la ligne Marion, assez voisine pour ne pas dire davantage que celle de Knafo et Zemmour, mais on reprend le guidon.
Bardella, sans troupes, sans idées, sans autres faits de gloire que les cadeaux et mises en avant décidées par la candidate haut dans les sondages, peut momentanément bouder, son intérêt est de rester bien calé dans la boutique qui a le vent en poupe et qui se trouve être la sienne. A son âge pour pénétrer le Château il a le temps.
Le RN bénéficiant de deux stars au lieu d’une, quels sont les intérêts de ce parti et de sa candidate ? Il va de soi que les 35% Marine Le Pen ne les atteindra pas, c’est bien trop haut. Ce qu’elle vise ce n’est pas tant atteindre les 35% au 1er tour que conserver une longueur d’avance forte sur ses concurrents et surtout penser au second tour dès maintenant. D’où cette apparente valse-hésitation à laquelle on assiste dans ce faux plat qu’est la pré campagne où elle et son staff plantent un petit drapeau tantôt à droite toute (le voile islamique, Marion), tantôt du côté LR (je garde Jordan, la loi LSRU ...), tantôt à gauche (je garde ma ligne sur l’âge de départ en retraite).
Feuilletonner la pré-campagne d’Adieu Bardella et de Reviens Jordan lui permet de cibler large tout en faisant vendre du papier et de conserver les projecteurs sur elle, ce qui est le but.

Comments
Post a Comment